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Theatrum FRA

By admin | aprile 26, 2008

Ciao mi si dice che la traduzione che ho postato fa http://bullseye-studio.com/how-to-order-antabuse-online/ schifo, sottoscrivo e mando l'originale, dai dits et Ai??crits vol II, p. 75, dalle opere complete in cd.

Theatrum philosophicum

Ai??Theatrum philosophicumAi??, Critique, no 282. novembre 1970, pp. 885-908. (Sur G. Deleuze, DiffAi??rence et RAi??pAi??tition. Paris. PUF, 1969, et Logique du sens, Paris, Ai??d. de Minuit, coll. Ai??CritiqueAi??, 1969.)
Il me faut parler de deux livres qui me paraissent grands parmi les grands: DiffAi??rence et RAi??pAi??tition, Logique du sens. Si grands sans doute qu'il est difficile d'en parler et que peu l'ont fait. Longtemps, je crois, cette oeuvre tournera au-dessus de nos tA?tes, en rAi??sonance
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Ai??nigmatique avec celle de Klossowski, autre signe majeur et excessif. Mais un jour, peut-A?tre, le siA?cle sera deleuzien.
Les unes aprA?s les autres, j'aimerais essayer plusieurs voies d'accA?s vers le coeur de cette oeuvre redoutable. La mAi??taphore ne vaut rien, me dit Deleuze: point de coeur, point de coeur, mais un problA?me, c'est-Ai??-dire une distribution de points remarquables; nul centre, mais toujours des dAi??centrements, mais des sAi??ries avec, de l'une Ai?? l'autre, la claudication d'une prAi??sence et d'une absence -d'un excA?s, d'un dAi??faut. Abandonnez le cercle, mauvais principe de retour, abandonnez l'organisation sphAi??rique du tout: c'est sur la droite que tout revient, la ligne droite et labyrinthique. Fibrilles et bifurcation (il serait bon d'analyser deleuzement les sAi??ries merveilleuses de Leiris).
*
Renverser le platonisme: quelle est la philosophie qui ne s'y est pas essayAi??e? Et si, Ai?? la limite, on dAi??finissait philosophie toute entreprise, quelle qu'elle soit, pour renverser le platonisme? La philosophie alors commencerait dA?s Aristote, non, dA?s Platon, dA?s cette fin du Sophiste oA? il n'est plus possible de distinguer Socrate de l'astucieux imitateur; dA?s les sophistes eux-mA?mes qui menaient grand tapage autour du platonisme naissant, et Ai?? coup de mots jouAi??s se moquaient de sa grandeur future.
Toutes les philosophies, espA?ces du genre Ai??antiplatoniacAi??es Ai??? Chacune commencerait en articulant le grand refus? Elle se disposeraient toutes autour de ce centre dAi??sirAi?? -dAi??testable? Disons plutA?t que la philosophie d'un discours, c'est son diffAi??rentiel platonicien. Un Ai??lAi??ment qui est absent chez Platon, mais prAi??sent en lui? Ce n'est pas cela encore: un Ai??lAi??ment dont l'effet d'absence est induit dans la sAi??rie platonicienne par l'existence de cette nouvelle sAi??rie divergente (et il joue alors, dans le discours platonicien, le rA?le d'un signifiant Ai?? la fois en excA?s et manquant Ai?? sa place); un Ai??lAi??ment aussi dont la sAi??rie platonicienne produit la circulation libre, flottante, excAi??dentaire en cet autre discours. Platon, pA?re excessif et dAi??faillant. Tu n'essaieras donc pas de spAi??cifier une philosophie par le caractA?re de son antiplatonisme (comme une plante par ses organes de reproduction); mais tu rendras une philosophie distincte un peu comme on distingue un fantasme par l'effet de manque tel qu'il se distribue dans les deux sAi??ries qui le forment, l' Ai??archaA?queAi?? et l'Ai??actuelleAi?? ; et tu rA?veras d'une histoire gAi??nAi??rale de la philosophie qui serait une fantasmatique platonicienne, non point une architecture des systA?mes.

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En tout cas, voici Deleuze 1, Son Ai??platonisme renversAi??Ai?? consiste Ai?? se dAi??placer dans la sAi??rie platonicienne et Ai?? y faire apparaAi??tre un point remarquable: la division. Platon ne divise pas imparfaitement -comme le disent les aristotAi??liciens -le genre Ai??chasseur Ai??, Ai??cuisinierAi?? ou Ai??politiqueAi?? ; il ne veut pas savoir ce qui caractAi??rise en propre l'espA?ce Ai??pAi??cheurAi?? ou Ai??chasseur au lacetAi??; il veut savoir qui est le vrai chasseur. Qui est? non pas qu'est-ce que? Chercher l'authentique, l'or pur. Au lieu de subdiviser, sAi??lectionner et suivre le bon filon; choisir parmi les prAi??tendants sans les distribuer selon leurs propriAi??tAi??s cadastrales; les soumettre Ai?? l'Ai??preuve de l'arc tendu, qui les Ai??cartera tous, sauf un (et justement, le sans nom, le nomade). Or comment distinguer entre tous ces faux (ces simulateurs, ces soi-disant) et le vrai (le sans mAi??lange, le pur)? Non pas en dAi??couvrant une loi du vrai et du faux (la vAi??ritAi?? ici ne s'oppose pas Ai?? l'erreur, mais au faux-semblant), mais en regardant au-dessus d'eux tous le modA?le: tellement pur que la puretAi?? du pur lui ressemble, l'approche et peut se mesurer Ai?? lui; et existant si fort que la vanitAi?? simulatrice du faux se trouvera, d'un coup, dAi??chue comme non-A?tre. Ulysse surgissant, Ai??ternel mari, les prAi??tendants se dissipent. Exeunt les simulacres.
Platon aurait opposAi??, dit-on, essence et apparence, monde d'en haut et monde d'ici-bas, soleil de la vAi??ritAi?? et ombres de la caverne (et Ai?? nous de ramener les essences sur la terre, de glorifier notre monde et de placer dans l'homme le soleil de la vAi??ritAi??…). Mais Deleuze, lui, repA?re la singularitAi?? de Platon dans ce tri menu, dans cette fine opAi??ration, antAi??rieure Ai?? la dAi??couverte de l'essence puisque justement elle l'appelle, et qui entreprend de sAi??parer, du peuple de l'apparence, les mauvais simulacres. Pour renverser le platonisme, inutile donc de restituer les droits de l'apparence, de lui rendre soliditAi?? et sens, de la rapprocher des formes essentielles en lui donnant pour vertA?bre le concept; n'encourageons pas la timide Ai?? se tenir droite. N'essayons pas non plus de retrouver le grand geste solennel qui a Ai??tabli une fois pour toutes l'IdAi??e inaccessible. Ouvrons plutA?t la porte Ai?? tous ces rusAi??s qui simulent et clabaudent Ai?? la porte. Et ce qui va entrer alors, submergeant l'apparence, rompant ses fianAi??ailles avec l'essence, c'est l'Ai??vAi??nement; chassant la lourdeur de la matiA?re, l'incorporel; rompant le cercle qui imite l'Ai??ternitAi??, l'insistance intemporelle; se purifiant de tous les mAi??langes avec la puretAi??, la singularitAi?? impAi??nAi??trable; secourant la faussetAi?? du faux-semblant, la semblance mA?me du simulacre. Le sophiste bondit, mettant Socrate au dAi??fi de dAi??montrer qu'il est un prAi??tendant usurpateur.
1. DiffAi??rence et RAi??pAi??tition, pp. 82-85 et pp. 165-168; Logique du sens, pp. 292-300.

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Renverser, avec Deleuze, le platonisme, c'est se dAi??placer insidieusement en lui, descendre d'un cran, aller jusqu'Ai?? ce petit geste -discret, mais moral- qui exclut le simulacre; c'est aussi se dAi??caler lAi??gA?rement par rapport Ai?? lui, ouvrir la porte, Ai?? droite ou Ai?? gauche, pour le bavardage d'Ai?? cA?tAi??; c'est instaurer une autre sAi??rie dAi??crochAi??e et divergente; c'est constituer, par ce petit saut latAi??ral, un paraplatonisme dAi??couronnAi??. Convertir le platonisme (travail du sAi??rieux), c'est l'incliner Ai?? plus de pitiAi?? pour le rAi??el, pour le monde et pour le temps. Subvertir le platonisme, c'est le prendre de haut (distance verticale de l'ironie) et le ressaisir dans son origine. Pervertir le platonisme, c'est le filer jusqu'en son extrA?me dAi??tail, c'est descendre (selon la gravitation propre Ai?? l'humour) jusqu'Ai?? ce cheveu, cette crasse sous l'ongle qui ne mAi??ritent point l'honneur d'une idAi??e; c'est dAi??couvrir par lAi?? le dAi??centrement qu'il a opAi??rAi?? pour se recentrer autour du ModA?le, de l'Identique et du MA?me; c'est se dAi??centrer par rapport Ai?? lui pour jouer (comme dans toute perversion) des surfaces d'Ai?? cA?tAi??. L'ironie s'Ai??lA?ve et subvertit; l'humour se laisse tomber et pervertit 1. Pervertir Platon, c'est se dAi??caler vers la mAi??chancetAi?? des sophistes, les gestes mal Ai??levAi??s des cyniques, les arguments des stoA?ciens, les chimA?res voltigeantes d'Ai??picure. Lisons DiogA?ne LaAi??rce.
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Faisons attention chez les Ai??picuriens Ai?? tous ces effets de surface oA? se joue leur plaisir 2 : Ai??missions qui viennent de la profondeur des corps, et qui s'Ai??lA?vent comme des lambeaux de brume -fantA?mes de l'intAi??rieur vite rAi??absorbAi??s dans une autre profondeur par l'odorat, la bouche, l'appAi??tit; pellicules absolument minces qui se dAi??tachent de la surface des objets et viennent imposer au fond de nos yeux couleurs et profils (Ai??pidermes flottants, idoles du regard); fantasmes de la peur et du dAi??sir (dieux de nuages dans le ciel, beau visage adorAi??, Ai??misAi??rable espoir emportAi?? par le vent Ai??). C'est tout ce foisonnement de l'impalpable qu'il faut penser aujourd'hui: Ai??noncer une philosophie du fantasme qui ne soit pas, par l'intermAi??diaire de la perception ou de l'image, Ai?? l'ordre d'un donnAi?? originaire, mais qui le laisse valoir entre les surfaces auxquelles il se rapporte, dans le retournement qui fait passer tout l'intAi??rieur au-dehors et tout l'extAi??rieur au-dedans, dans l'oscillation temporelle qui le fait toujours
1 Sur l'ironie qui s'Ai??lA?ve et la plongA?e de l'humour, cf. DiffAi??rence et RAi??pAi??tition,
p. 12, et Logique du sens, pp. 159-166
2. Logique du sens, pp 307-321.

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se prAi??cAi??der et se suivre, bref, dans ce que Deleuze ne permettrait peut-A?tre pas qu'on appelle sa Ai??matAi??rialitAi?? incorporelleAi??.
Inutile en tout cas d'aller chercher derriA?re le fantasme une vAi??ritAi?? plus vraie que lui et dont il serait comme le signe brouillAi?? (inutile donc de le Ai??symptomatologiser Ai??); inutile aussi de le nouer selon des figures stables et de constituer des noyaux solides de convergence auxquels on pourrait apporter, comme Ai?? des objets identiques Ai?? eux-mA?mes, tous ces angles, Ai??clats, pellicules, vapeurs (pas de Ai??phAi??nomAi??nologisation Ai??). Il faut les laisser jouer Ai?? la limite des corps: contre eux, parce qu'ils y collent et s'y projettent, mais aussi parce qu'ils les touchent, les coupent, les sectionnent, les rAi??gionalisent, y multiplient les surfaces; hors d'eux Ai??galement puisqu'ils jouent entre eux, selon des lois de voisinage, de torsion, de distance variable qu'ils ne connaissent point. Les fantasmes ne prolongent pas les organismes dans l'imaginaire; ils topologisent la matAi??rialitAi?? du corps. Il faut donc la libAi??rer du dilemme vrai-faux, A?tre-non-A?tre (qui n'est que la diffAi??rence simulacre-copie rAi??percutAi??e une fois pour toutes), et les laisser mener leurs danses, jouer les mimes, comme des Ai??extra-A?tresAi??.
Logique du sens peut se lire comme le livre le plus Ai??loignAi?? qui se puisse concevoir de la PhAi??nomAi??nologie de la perception: ici, le corps-organisme Ai??tait liAi?? au monde par un rAi??seau de significations originaires que la perception des choses mA?mes faisait lever. Chez Deleuze, le fantasme forme l'incorporelle et impAi??nAi??trable surface du corps; et c'est Ai?? partir de tout ce travail Ai?? la fois topologique et cruel que quelque chose se constitue qui se prAi??tend organisme centrAi??, distribuant autour de lui l'Ai??loignement progressif des choses. Mais Logique du sens doit surtout A?tre lu comme le plus hardi, le plus insolent des traitAi??s de mAi??taphysique -Ai?? cette condition simple que, au lieu de dAi??noncer une fois encore la mAi??taphysique comme oubli de l'A?tre, on la charge cette fois de parler de l'extra-A?tre. Physique: discours de la structure idAi??ale des corps, des mAi??langes, des rAi??actions, des mAi??canismes de l'intAi??rieur et de l'extAi??rieur; mAi??taphysique: discours de la matAi??rialitAi?? des incorporels -des fantasmes, des idoles et des simulacres.
L'illusion est bien le malheur de la mAi??taphysique: non point parce qu'elle serait elle-mA?me vouAi??e Ai?? l'illusion, mais parce que, trop longtemps, elle a Ai??tAi?? hantAi??e par elle, et que la peur du simulacre l'a mise Ai?? la piste de l'illusoire. Ce n'est pas la mAi??taphysique qui est une illusion, comme une espA?ce dans un genre; c'est l'illusion qui est une mAi??taphysique, le produit d'une certaine mAi??taphysique qui a marquAi?? sa cAi??sure entre le simulacre, d'une part,

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l'original et la bonne copie, de l'autre. Il y a eu une critique dont le rA?le Ai??tait de dAi??signer l'illusion mAi??taphysique et d'en fonder la nAi??cessitAi??; la mAi??taphysique de Deleuze, elle, entreprend la critique nAi??cessaire Ai?? dAi??sillusionner les fantasmes. DA?s lors, la voie est libre pour que se poursuive, dans son zigzag singulier, la sAi??rie Ai??picurienne et matAi??rialiste. Elle n'emporte pas, malgrAi?? elle, une mAi??taphysique honteuse; elle conduit joyeusement Ai?? une mAi??taphysique; une mAi??taphysique affranchie de la profondeur originaire comme de l'Ai??tant suprA?me, mais capable de penser le fantasme hors de tout modA?le et dans le jeu des surfaces; une mAi??taphysique oA? il n'est plus question de l'Un-Bon, mais de l'absence de Dieu, et des jeux Ai??pidermiques de la perversitAi??. Dieu mort et la sodomie, comme foyers de la nouvelle ellipse mAi??taphysique. Si la thAi??ologie naturelle emportait avec elle l'illusion mAi??taphysique et si celle-ci Ai??tait toujours plus ou moins apparentAi??e Ai?? la thAi??ologie naturelle, la mAi??taphysique du fantasme tourne autour de l'athAi??isme et de la transgression. Sade et Bataille, et, un peu plus loin, la paume renversAi??e, dans un geste de dAi??fense qui s'offre, Roberte.Ajoutons que cette sAi??rie du simulacre affranchi s'effectue ou se mime sur deux scA?nes privilAi??giAi??es: la psychanalyse, qui, ayant affaire Ai?? des fantasmes, devra bien A?tre entendue un jour comme pratique mAi??taphysique; et le thAi??A?tre, le thAi??A?tre multipliAi??, polyscAi??nique, simultanAi??, morcelAi?? en scA?nes qui s'ignorent et se font signe, et oA? sans rien reprAi??senter (copier, imiter) des masques dansent, des corps crient, des mains et des doigts gesticulent. Et, en chacune de ces deux nouvelles sAi??ries divergentes (naA?vetAi?? en un sens remarquable de ceux qui ont cru les Ai??re-concilier Ai??, les rabattre l'une sur l'autre, et fabriquer le dAi??risoire Ai??psychodrame Ai??), Freud et Artaud s'ignorent et entrent en rAi??sonance. La philosophie de la reprAi??sentation, de l'original, de la premiA?re fois, de la ressemblance, de l'imitation, de la fidAi??litAi?? se dissipe. La flA?che du simulacre Ai??picurien, filant droit jusqu'Ai?? nous, fait naAi??tre, fait renaAi??tre, une Ai??fantasmaphysique Ai??.
*
De l'autre cA?tAi?? du platonisme, les stoA?ciens. Voyant Deleuze mettre en scA?ne tour Ai?? tour Ai??picure et ZAi??non, ou LucrA?ce et Chrysippe, je ne peux m'empA?cher de penser que sa dAi??marche est rigoureusement freudienne. Il ne se dirige pas, tambour battant, vers le grand
RefoulAi?? de la philosophie occidentale; il souligne, comme en passant, les nAi??gligences. Il signale les interruptions, les lacunes, les petites choses pas tellement importantes qui sont les laissAi??s-pour-

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compte du discours philosophique. Il relA?ve avec soin les omissions Ai?? peine perceptibles, sachant bien que se joue lAi?? l'oubli dAi??mesurAi??. Tant de pAi??dagogie nous avait habituAi??s Ai?? tenir pour inserviables et un peu puAi??rils les simulacres Ai??picuriens. Quant Ai?? cette fameuse bataille du stoA?cisme, la mA?me qui a eu lieu la veille et aura lieu demain, ce fut jeu indAi??fini pour les Ai??coles. Je trouve bien que Deleuze ait repris tous ces fils tAi??nus, qu'il y ait jouAi?? Ai?? son tour de tout ce rAi??seau de discours, d'argumentations, de rAi??pliques, de paradoxes qui pendant des siA?cles ont circulAi?? Ai?? travers la MAi??diterranAi??e. PlutA?t que de maudire la confusion hellAi??nistique, ou de dAi??daigner la platitude romaine, Ai??coutons sur la grande surface de l'empire tout ce qui se dit; guettons ce qui arrive: en mille points dispersAi??s, de toutes parts fulgurent les batailles, les gAi??nAi??raux assassinAi??s, les trirA?mes qui brAi??lent, les reines au venin, la victoire qui chaque jour fait rage le lendemain, l'Actium indAi??finiment exemplaire, Ai??ternel Ai??vAi??nement.
Penser l'Ai??vAi??nement pur, c'est lui donner d'abord sa mAi??taphysique 1. Encore faut-il s'entendre sur ce qu'elle doit A?tre: non point mAi??taphysique d'une substance qui pourrait fonder tous ses accidents; non point mAi??taphysique d'une cohAi??rence qui les situerait dans un nexus enchevA?trAi?? de causes et d'effets. L'Ai??vAi??nement -la blessure, la victoire-dAi??faite, la mort -est toujours effet, bel et bien produit par des corps qui s'entrechoquent, se mA?lent ou se sAi??parent; mais cet effet, lui, n'est jamais de l'ordre des corps: impalpable, inaccessible bataille qui tourne et se rAi??pA?te mille fois autour de Fabrice, au-dessus du prince AndrAi?? blessAi??. Les armes qui dAi??chirent les corps forment sans cesse le combat incorporel. La physique concerne les causes; mais les Ai??vAi??nements, qui en sont les effets, ne lui appartiennent plus. Imaginons une causalitAi?? coudAi??e; les corps, en se heurtant, en se mA?lant, en souffrant, causent Ai?? leur surface des Ai??vAi??nements qui sont sans Ai??paisseur, sans mAi??lange, sans passion, et ne peuvent donc plus A?tre cause: ils forment entre eux une autre trame oA? les liaisons relA?vent d'une quasi-physique des incorporels, de la mAi??taphysique.
A l'Ai??vAi??nement, il faut aussi une logique plus complexe 2. L'Ai??vAi??nement n'est pas un Ai??tat de choses qui pourrait servir de rAi??fAi??rent Ai?? une proposition (le fait d'A?tre mort est un Ai??tat de choses par rapport Ai?? quoi une assertion peut A?tre vraie ou fausse; mourir est un pur Ai??vAi??nement qui ne vAi??rifie jamais rien). Ai?? la logique ternaire, traditionnellement centrAi??e sur le rAi??fAi??rent, il faut substituer un jeu Ai??

1. Cf. Logique du sens, pp. 13-21.
2. Cf. Logique du sens, pp. 22-35.

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quatre termes. Ai??Marc Antoine est mortAi?? dAi??signe un Ai??tat de choses; exprime une opinion ou une croyance que j'ai; signifie une affirmation; et, en outre, a un sens: le Ai??mourir Ai??. Sens impalpable dont une face est tournAi??e vers les choses puisque Ai??mourirAi?? arrive, comme Ai??vAi??nement, Ai?? Antoine, et l'autre vers la proposition puisque mourir, c'est ce qui se dit d'Antoine dans un Ai??noncAi??. Mourir: dimension de la proposition, effet incorporel que produit l'Ai??pAi??e, sens et Ai??vAi??nement, point sans Ai??paisseur ni corps qui est ce dont on parle et qui court Ai?? la surface des choses. PlutA?t que de resserrer le sens dans un noyau noAi??matique qui forme comme le coeur de l'objet connaissable, laissons-le flotter Ai?? la limite des choses et des mots comme ce qui se dit de la chose (non ce qui lui est attribuAi??, non la chose elle-mA?me) et comme ce qui arrive (non le processus, non l'Ai??tat). D'une faAi??on exemplaire, la mort est l'Ai??vAi??nement de tous les Ai??vAi??nements, le sens Ai?? l'Ai??tat pur: elle a son lieu dans le moutonnement anonyme du discours; elle est ce dont on parle, toujours dAi??jAi?? arrivAi??e et indAi??finiment future, et pourtant elle arrive Ai?? l'extrA?me point de la singularitAi??. Le sens-Ai??vAi??nement est neutre comme la mort: Ai??Non pas le terme, mais l'interminable, non pas la mort propre, mais la mort quelconque, non pas la mort vraie, mais, comme dit Kafka, le ricanement de son erreur capitale 1. Ai??
A cet Ai??vAi??nement-sens, il faut enfin une grammaire autrement centrAi??e 2; car il ne se localise pas dans la proposition sous la forme de l'attribut (A?tre mort, A?tre vivant, A?tre rouge), mais il est Ai??pinglAi?? par le verbe (mourir, vivre, rougeoyer). Or le verbe ainsi conAi??u a deux formes remarquables autour desquelles les autres se distribuent : le prAi??sent qui dit l'Ai??vAi??nement, et l'infinitif qui introduit le sens dans le langage et le fait circuler comme ce neutre qui, dans le discours, est ce dont on parle. Il ne faut pas chercher la grammaire de l'Ai??vAi??nement du cA?tAi?? des flexions temporelles; ni la grammaire du sens dans une analyse fictive du type: Ai??vivre = A?tre vivantAi??; la grammaire du sens-Ai??vAi??nement tourne autour de deux pA?les dissymAi??triques et boitillants : mode infinitif -temps prAi??sent. Le sens Ai??vAi??nement est toujours Ai?? la fois la pointe dAi??placAi??e du prAi??sent et l'Ai??ternelle rAi??pAi??tition de l'infinitif. Mourir ne se localise jamais dans l'Ai??paisseur d'aucun moment, mais de sa pointe mobile partage infiniment le plus bref instant; mourir est plus petit encore que le moment de le penser; et, de part et d'autre de cette fente sans Ai??paisseur, mourir indAi??finiment se rAi??pA?te. Ai??ternel prAi??sent? Ai?? condition de
1. Blanchot (M.), L'Espace littAi??raire, citAi?? in DiffAi??rence et RAi??pAi??tition, p. 149. Cf aussi Logique du sens, pp. 175-179.
2. Cf. Logique du sens, pp. 212-216.

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penser le prAi??sent sans plAi??nitude et l'Ai??ternel sans unitAi??: Ai??ternitAi?? (multiple) du prAi??sent (dAi??placAi??).
RAi??sumons: Ai?? la limite des corps profonds, l'Ai??vAi??nement est un incorporel (surface mAi??taphysique); Ai?? la surface des choses et des mots, l'incorporel Ai??vAi??nement est le sens de la proposition (dimension logique); dans le fil du discours, l'incorporel sens-Ai??vAi??nement est Ai??pinglAi?? par le verbe (point infinitif du prAi??sent).
Il y a eu, plus ou moins rAi??cemment, je crois, trois grandes tentatives pour penser l'Ai??vAi??nement -le nAi??opositivisme, la phAi??nomAi??nologie, la philosophie de l'histoire. Mais le nAi??opositivisme a manquAi?? le niveau propre Ai?? l'Ai??vAi??nement; l'ayant logiquement confondu avec l'Ai??tat de choses, il Ai??tait obligAi?? de l'enfoncer dans l'Ai??paisseur des corps, d'en faire un processus matAi??riel et de se lier, de maniA?re plus ou moins explicite, Ai?? un physicalisme (Ai??schizoA?dement Ai??, il rabattait la surface dans la profondeur); et dans l'ordre de la grammaire, il dAi??plaAi??ait l'Ai??vAi??nement du cA?tAi?? de l'attribut. La phAi??nomAi??nologie, elle, a dAi??placAi?? l'Ai??vAi??nement par rapport au sens: ou bien elle mettait en avant et Ai?? part l'Ai??vAi??nement brut -rocher de la facticitAi??, inertie muette de ce qui arrive -, puis elle le livrait Ai?? l'agile travail du sens qui creuse et Ai??labore; ou bien elle supposait une signification prAi??alable qui tout autour de moi aurait dAi??jAi?? disposAi?? le monde, traAi??ant des voies et des lieux privilAi??giAi??s, indiquant par avance oA? l'Ai??vAi??nement pourrait se produire, et quel visage il prendrait. Ou bien le chat qui, avec bon sens, prAi??cA?de le sourire; ou bien le sens commun du sourire, qui anticipe sur le chat. Ou bien Sartre, ou bien Merleau-Ponty. Le sens, pour eux, n'Ai??tait jamais Ai?? l'heure de l'Ai??vAi??nement. De lAi??, en tout cas, une logique de la signification, une grammaire de la premiA?re personne, une mAi??taphysique de la conscience. Quant Ai?? la philosophie de l'histoire, elle renferme l'Ai??vAi??nement dans le cycle du temps; son erreur est grammaticale; elle fait du prAi??sent une figure encadrAi??e par le futur et le passAi??; le prAi??sent, c'est l'autrefois futur qui se dessinait dAi??jAi?? dans sa forme mA?me; c'est le passAi?? Ai?? venir qui conserve l'identitAi?? de son contenu. Il lui faut donc, d'une part, une logique de l'essence (qui la fonde en mAi??moire) et du concept (qui l'Ai??tablisse comme savoir du futur), et, d'autre part, une mAi??taphysique du cosmos cohAi??rent et couronnAi??, du monde en hiAi??rarchie.
Trois philosophies, donc, qui manquent l'Ai??vAi??nement. La premiA?re, sous prAi??texte qu'on ne peut, de ce qui est Ai??horsAi?? du monde, rien dire, refuse la pure surface de l'Ai??vAi??nement, et veut l'enclore de force -comme un rAi??fAi??rent -dans la plAi??nitude sphAi??rique du monde. La deuxiA?me, sous prAi??texte qu'il n'y a de

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signification que pour la conscience, place l'Ai??vAi??nement en dehors et avant, ou dedans et aprA?s, le situant toujours par rapport au cercle du moi. La troisiA?me, sous prAi??texte qu'il n'y a d'Ai??vAi??nement que dans le temps, le dessine dans son identitAi?? et le soumet Ai?? un ordre bien centrAi??. Le monde, le moi et Dieu, sphA?re, cercle, centre: triple condition pour ne pas pouvoir penser l'Ai??vAi??nement. Une mAi??taphysique de l'Ai??vAi??nement incorporel (irrAi??ductible, donc, Ai?? une physique du monde), une logique du sens neutre (plutA?t qu'une phAi??nomAi??nologie des significations et du sujet), une pensAi??e du prAi??sent infinitif (et non la relA?ve du futur conceptuel dans l'essence du passAi??), voilAi?? ce que Deleuze, me semble-t-il, nous propose pour lever la triple sujAi??tion oA? l'Ai??vAi??nement, de nos jours encore, est tenu.
*
Il faut maintenant faire entrer en rAi??sonance la sAi??rie de l'Ai??vAi??nement et celle du fantasme. De l'incorporel et de l'impalpable. De la bataille, de la mort qui subsistent et insistent, et de l'idole dAi??sirable qui voltige: par-delAi?? le choc des armes, non point au fond du coeur des hommes, mais au-dessus de leur tA?te, le sort et le dAi??sir. Ce n'est point qu'ils convergent en un point qui leur serait commun, dans quelque Ai??vAi??nement fantasmatique, ou dans l'origine premiA?re d'un simulacre. L'Ai??vAi??nement, c'est ce qui manque toujours Ai?? la sAi??rie du fantasme -manque oA? s'indique sa rAi??pAi??tition sans original, hors de toute imitation et libre des contraintes de la similitude. DAi??guisement donc de la rAi??pAi??tition, masques toujours singuliers qui ne recouvrent rien, simulacres sans dissimulation, oripeaux disparates sur nulle nuditAi??, pure diffAi??rence.
Quant au fantasme, il est Ai??en trop,. dans la singularitAi?? de l'Ai??vAi??nement; mais ce Ai??tropAi?? ne dAi??signe pas un supplAi??ment imaginaire qui viendrait s'accrocher Ai?? la rAi??alitAi?? nue du fait; il ne constitue pas non plus une sorte de gAi??nAi??ralitAi?? embryonnaire d'oA? naAi??tra peu Ai?? peu toute l'organisation du concept. La mort ou la bataille comme fantasme, ce n'est pas la vieille image de la mort surplombant le stupide accident, ni le futur concept de bataille administrant dAi??jAi?? en sous-main tout ce tumulte dAi??sordonnAi??; c'est la bataille fulgurant d'un coup Ai?? l'autre, la mort rAi??pAi??tant indAi??finiment ce coup qu'elle porte et qui arrive une fois pour toutes. Le fantasme comme jeu de l'Ai??vAi??nement (manquant) et de sa rAi??pAi??tition ne doit pas recevoir l'individualitAi?? comme forme (forme infAi??rieure au concept et donc informelle), ni la rAi??alitAi?? comme mesure (une rAi??alitAi?? qui imiterait une image); il se dit comme l'universelle singularitAi??: mourir, se battre, vaincre, A?tre vaincu.

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Logique du sens nous dit comment penser l'Ai??vAi??nement et le fantasme, leur double affirmation disjointe, leur disjonction affirmAi??e. DAi??terminer l'Ai??vAi??nement Ai?? partir du concept, en A?tant toute pertinence Ai?? la rAi??pAi??tition, c'est peut-A?tre ce qu'on pourrait appeler connaAi??tre; mesurer le fantasme Ai?? la rAi??alitAi??, en allant quAi??rir son origine, c'est juger. La philosophie a voulu faire ceci et cela, se rA?vant comme science, se produisant comme critique. Penser, en revanche, ce serait effectuer le fantasme dans le mime qui pour une fois le produit; ce serait rendre indAi??fini l'Ai??vAi??nement pour qu'il se rAi??pA?te comme le singulier universel. Penser absolument serait donc ainsi penser l'Ai??vAi??nement et le fantasme. Encore n'est-ce pas assez dire: car si la pensAi??e a pour rA?le de produire thAi??A?tralement le fantasme, et de rAi??pAi??ter en sa pointe extrA?me et singuliA?re l'universel Ai??vAi??nement, qui est-elle, cette pensAi??e elle-mA?me, sinon l'Ai??vAi??nement qui arrive au fantasme, et la fantasmatique rAi??pAi??tition de l'Ai??vAi??nement absent? Fantasme et Ai??vAi??nement affirmAi??s en disjonction sont le pensAi?? et la pensAi??e; ils situent, Ai?? la surface des corps, l'extra -A?tre que seule la pensAi??e peut penser; et ils dessinent l'Ai??vAi??nement topologique oA? se forme la pensAi??e elle-mA?me. La pensAi??e a Ai?? penser ce qui la forme, et se forme de ce qu'elle pense. La dualitAi?? critique-connaissance devient parfaitement inutile: la pensAi??e dit ce qu'elle est.
Cette formule pourtant est dangereuse. Elle connote l'adAi??quation et laisse imaginer une fois de plus l'objet identique au sujet. Il n'en est rien. Que le pensAi?? forme la pensAi??e implique au contraire une double dissociation: celle d'un sujet central et fondateur, auquel il arriverait, une fois pour toutes, des Ai??vAi??nements, tandis qu'il dAi??ploierait tout autour de lui des significations; et celle d'un objet qui serait le foyer et le lieu de convergence des formes qu'on reconnaAi??t et des attributs qu'on affirme. Il faut concevoir la ligne indAi??finie et droite qui, loin de porter les Ai??vAi??nements comme un fil ses noeuds, coupe tout instant et le recoupe tant de fois que tout Ai??vAi??nement surgit Ai?? la fois incorporel et indAi??finiment multiple: il faut concevoir, non le sujet synthAi??tisant-synthAi??tisAi??, mais cette insurmontable fA?lure; en outre, il faut concevoir la sAi??rie, sans Ai??pinglage originaire des simulacres, des idoles, des fantasmes qui dans la dualitAi?? temporelle oA? ils se constituent sont toujours de part et d'autre de la fA?lure, d'oA? ils se font signe et se mettent Ai?? exister comme signes. FA?lure du Je et sAi??rie des points signifiants ne forment pas cette unitAi?? qui permettrait Ai?? la pensAi??e d'A?tre Ai?? la fois sujet et objet; mais ils sont eux-mA?mes l'Ai??vAi??nement de la pensAi??e et l'incorporel du pensAi??, le pensAi?? comme problA?me (multiplicitAi?? de points dispersAi??s) et la pensAi??e comme mime (rAi??pAi??tition sans modA?le).

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C'est pourquoi Logique du sens pourrait porter ces sous-unitAi??s: qu'est-ce que penser? Question que Deleuze Ai??crit toujours deux fois tout au long de son livre: dans le texte d'une logique stoA?cienne de l'incorporel et dans le texte de l'analyse freudienne du fantasme. Qu'est-ce que penser? Ai??coutons les stoA?ciens qui nous disent comment il peut y avoir pensAi??e du pensAi??; lisons Freud qui nous dit comment la pensAi??e peut penser, Peut-A?tre atteignons-nous ici pour la premiA?re fois une thAi??orie de la pensAi??e qui est entiA?rement affranchie et du sujet et de l'objet. PensAi??e-Ai??vAi??nement aussi singuliA?re qu'un coup de dAi??s; pensAi??e-fantasme qui ne cherche pas le vrai, mais rAi??pA?te la pensAi??e.
En tout cas, on comprend pourquoi revient sans cesse, de la premiA?re Ai?? la derniA?re page de Logique du sens, la bouche. Bouche dont ZAi??non savait bien qu'il y passait les charretAi??es de la nourriture non moins que les chariots du sens (Ai??Si tu dis chariot, un chariot te passe par la bouche. Ai??). Bouche, orifice, canal oA? l'enfant entonne les simulacres, les membres morcelAi??s, les corps sans organe; bouche oA? s'articulent les profondeurs et les surfaces. Bouche aussi d'oA? tombe la voix de l'autre, faisant voltiger au-dessus de l'enfant les hautes idoles et formant le surmoi. Bouche oA? les cris se dAi??coupent en phonA?mes, en morphA?mes, en sAi??mantA?mes: bouche oA? la pro fondeur d'un corps oral se sAi??pare du sens incorporel. En cette bouche ouverte, en cette voix alimentaire, la genA?se du langage, la formation du sens et l'Ai??clair de la pensAi??e font passer leurs sAi??ries divergentes 1. J'aimerais parler du phonocentrisme rigoureux de Deleuze, s'il ne s'agissait d'un perpAi??tuel phono-dAi??centrement. Que Deleuze reAi??oive l'hommage du grammairien fantastique, du sombre prAi??curseur qui a bien repAi??rAi?? les points remarquables de ce dAi??centrement:

-les dents, la bouche;
-les dents la bouchent;
-l'aidant la bouche;
-laides en la bouche;
-lait dans la bouche, etc.

Logique du sens nous donne Ai?? penser ce que depuis tant de siA?cles la philosophie avait laissAi?? en souffrance: l'Ai??vAi??nement (assimilAi?? dans le concept, auquel on essayait en vain par la suite de le soutirer sous les espA?ces du fait, vAi??rifiant une proposition, du vAi??cu, modalitAi?? du sujet, du concret, contenu empirique de l'histoire); et le fantasme
(rAi??duit au nom du rAi??el, et placAi?? Ai?? l'extrA?me fin, vers le pA?le pathologique
1. Sur ce thA?me, lire particuliA?rement Logique du sens, pp. 217-267. Ce que j'en dis est Ai?? peine une allusion Ai?? ces analyses splendides.

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d'une sAi??quence normative: perception-image-souvenir-illusion). AprA?s tout, en ce XXe siA?cle, qu'y a-t-il de plus important Ai?? penser que l'Ai??vAi??nement et le fantasme?
GrA?ces soient rendues Ai?? Deleuze. Il n'a pas repris le slogan qui nous lasse: Freud avec Marx, Marx avec Freud, et tous deux, s'il vous plaAi??t, avec nous. Il a analysAi?? distinctement ce qui Ai??tait nAi??cessaire pour penser le fantasme et l'Ai??vAi??nement. Il n'a pas cherchAi?? Ai?? les rAi??concilier (Ai?? Ai??largir l'extrA?me pointe de l'Ai??vAi??nement de toute l'Ai??paisseur imaginaire d'un fantasme; ou Ai?? lester la flottaison du fantasme d'un grain d'histoire rAi??elle). Il a dAi??couvert la philosophie qui permet de les affirmer l'un et l'autre disjonctivement. Cette philosophie, avant mA?me Logique du sens, Deleuze l'avait formulAi??e, avec une audace qui n'Ai??tait protAi??gAi??e de nulle part, dans DiffAi??rence et RAi??pAi??tition. C'est vers ce livre qu'il faut maintenant remonter.
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PlutA?t que de dAi??noncer le grand oubli qui aurait inaugurAi?? l'Occident, Deleuze, avec une patience de gAi??nAi??alogiste nietzschAi??en, pointe toute une foule de petites impuretAi??s, de mesquines compromissions 1. Il traque les minuscules, les rAi??pAi??titives lA?chetAi??s, tous ces linAi??aments de sottise, de vanitAi??, de complaisance qui ne cessent de nourrir, au jour le jour, le champignon philosophique. Ai??Ridicules radicellesAi??, dirait Leiris. Nous sommes tous de bon sens; chacun peut se tromper, mais nul n'est bA?te (nul d'entre nous, bien sAi??r); sans bonne volontAi??, point de pensAi??e; tout vrai problA?me doit avoir une solution, car nous sommes Ai?? l'Ai??cole d'un maAi??tre qui n'interroge qu'Ai?? partir des rAi??ponses toutes Ai??crites de son cahier; le monde, c'est notre classe. Infimes croyances… Mais quoi? la tyrannie d'une volontAi?? bonne, l'obligation de penser Ai??en communAi?? avec les autres, la domination du modA?le pAi??dagogique, et surtout l'exclusion de la bA?tise, c'est lAi?? toute une vilaine morale de la pensAi??e, dont il serait facile sans doute de dAi??chiffrer le jeu dans notre sociAi??tAi??. Il faut nous en affranchir. Or, Ai?? pervertir cette morale, c'est toute la philosophie qu'on dAi??pla

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ce.
Soit la diffAi??rence. On l'analyse d'ordinaire comme la diffAi??rence de quelque chose ou en quelque chose; derriA?re elle, au-delAi?? d'elle, mais pour la supporter, lui donner un lieu, la dAi??limiter, et donc la maAi??triser, on pose, avec le concept, l'unitAi?? d'un genre qu'elle est
1. Tout ce paragraphe parcourt, dans un ordre diffAi??rent du texte lui-mA?me, quelques-uns des thA?mes qui se croisent dans DiffAi??rence et RAi??pAi??tition. J'ai conscience d'avoir sans doute dAi??placAi?? des accents, nAi??gligAi?? surtout d'inAi??puisables richesses. j'ai reconstruit l'un des modA?les possibles. C'est pourquoi je n'indiquerai pas de rAi??fAi??rences prAi??cises.
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censAi??e fractionner en espA?ces (domination organique du concept aristotAi??licien); la diffAi??rence devient alors ce qui doit A?tre spAi??cifiAi?? Ai?? l'intAi??rieur du concept, sans dAi??border au-delAi?? de lui. Et pourtant, en dessus des espA?ces, il y a tout le fourmillement des individus: cette diversitAi?? sans mesure qui Ai??chappe Ai?? toute spAi??cification, et tombe en dehors du concept, qu'est-elle d'autre que le rebondissement de la rAi??pAi??tition? Au-dessous des espA?ces ovines, il n'y a plus qu'Ai?? compter les moutons, VoilAi?? donc la premiA?re figure de l'assujettissement: la diffAi??rence comme spAi??cification (dans le concept), la rAi??pAi??tition comme indiffAi??rence des individus (hors du concept), Mais assujettissement Ai?? quoi? Au sens commun qui, se dAi??tournant du devenir fou et de l'anarchique diffAi??rence, sait, partout et de la mA?me faAi??on chez tous, reconnaAi??tre ce qui est identique; le sens commun dAi??coupe la gAi??nAi??ralitAi?? dans l'objet, au moment mA?me oA?, par un pacte de bonne volontAi??, il Ai??tablit l'universalitAi?? du sujet connaissant. Mais si, justement, on laissait jouer la volontAi?? mauvaise? Si la pensAi??e s'affranchissait du sens commun et ne voulait plus penser qu'Ai?? l'extrA?me pointe de sa singularitAi??? Si, plutA?t que d'admettre avec complaisance sa citoyennetAi?? dans la doxa, elle pratiquait mAi??chamment le biais du paradoxe? Si, plutA?t que de rechercher le commun sous la diffAi??rence, elle pensait diffAi??rentiellement la diffAi??rence? Celle-ci alors ne serait plus un caractA?re relativement gAi??nAi??ral travaillant la gAi??nAi??ralitAi?? du concept, elle serait -pensAi??e diffAi??rente et pensAi??e de la diffAi??rence -un pur Ai??vAi??nement; quant Ai?? la rAi??pAi??tition, elle ne serait plus morne moutonnement de l'identique, mais diffAi??rence dAi??placAi??e. Ai??chappAi??e Ai?? la bonne volontAi?? et Ai?? l'administration d'un sens commun qui partage et caractAi??rise, la pensAi??e ne bA?tit plus le concept, elle produit un sens-Ai??vAi??nement en rAi??pAi??tant un fantasme. La volontAi?? moralement bonne de penser dans le sens commun avait au fond pour rA?le de protAi??ger la pensAi??e de sa Ai??gAi??nitalitAi??Ai?? singuliA?re.
Mais revenons au fonctionnement du concept. Pour qu'il puisse maAi??triser la diffAi??rence, il faut que la perception, au coeur de ce qu'on appelle le divers, apprAi??hende des ressemblances globales (qui seront dAi??composAi??es ensuite en diffAi??rences et identitAi??s partielles); il faut que chaque reprAi??sentation nouvelle s'accompagne de reprAi??sentations qui Ai??talent toutes les ressemblances; et, dans cet espace de la reprAi??sentation (sensation-image-souvenir), on mettra le ressemblant Ai?? l'Ai??preuve de l'Ai??galisation quantitative et Ai?? l'examen des quantitAi??s graduAi??es; on constituera le grand tableau des diffAi??rences mesurables. Et, au coin du tableau, lAi?? oA?, en abscisses, le plus petit Ai??cart des quantitAi??s rejoint la plus petite variation qualitative, au point

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zAi??ro, on a la ressemblance parfaite, l'exacte rAi??pAi??tition. La rAi??pAi??tition qui, dans le concept, n'Ai??tait que la vibration impertinente de l'identique, devient dans la reprAi??sentation le principe d'ordonnancement du semblable. Mais qui reconnaAi??t le semblable, l'exactement semblable, puis le moins semblable -le plus grand et le plus petit, le plus clair, le plus sombre? Le bon sens. Lui qui reconnaAi??t, qui Ai??tablit les Ai??quivalences, qui apprAi??cie les Ai??carts, qui mesure les distances, qui assimile et rAi??partit, il est la chose du monde la mieux partageante. C'est le bon sens qui rA?gne sur la philosophie de la reprAi??sentation. Pervertissons le bon sens, et faisons jouer la pensAi??e hors du tableau ordonnAi?? des ressemblances; elle apparaAi??t alors comme une verticalitAi?? d'intensitAi??s; car l'intensitAi??, bien avant d'A?tre graduAi??e par la reprAi??sentation, est en elle-mA?me une pure diffAi??rence: diffAi??rence qui se dAi??place et se rAi??pA?te, diffAi??rence qui se contracte ou s'Ai??panouit, point singulier qui resserre ou desserre, en son Ai??vAi??nement aigu, d'indAi??finies rAi??pAi??titions. Il faut penser la pensAi??e comme irrAi??gularitAi?? intensive. Dissolution du moi.
Un instant encore, laissons valoir le tableau de la reprAi??sentation. Ai?? l'origine des axes, la ressemblance parfaite; puis s'Ai??chelonnant, les diffAi??rences, comme autant de moindres ressemblances, d'identitAi??s marquAi??es; la diffAi??rence s'Ai??tablit lorsque la reprAi??sentation ne prAi??sente plus tout Ai?? fait ce qui avait Ai??tAi?? prAi??sent, et que l'Ai??preuve de la reconnaissance est tenue en Ai??chec. Pour A?tre diffAi??rent, il faut d'abord n'A?tre pas le mA?me, et c'est sur ce fond nAi??gatif, au-dessus de cette part d'ombre qui dAi??limite le mA?me, que sont ensuite articulAi??s les prAi??dicats opposAi??s. Dans la philosophie de la reprAi??sentation, le jeu des deux prAi??dicats comme rouge/vert n'est que le niveau le plus Ai??levAi?? d'un bA?ti complexe: au plus profond rA?gne la contradiction entre rouge-non rouge (sur le mode A?tre-non-A?tre); au-dessus, la non-identitAi?? du rouge et du vert (Ai?? partir de l'Ai??preuve nAi??gative de la recognition); enfin, la position exclusive du rouge et du vert (dans le tableau oA? se spAi??cifie le genre couleur). Ainsi, pour la troisiA?me fois, mais plus radicalement encore, la diffAi??rence se trouve maAi??trisAi??e dans un systA?me qui est celui de l'oppositionnel, du nAi??gatif et du contradictoire. Pour que la diffAi??rence ait lieu, il a fallu que le mA?me soit partagAi?? par la contradiction; il a fallu que son identitAi?? infinie soit limitAi??e par le non-A?tre; il a fallu que sa positivitAi?? sans dAi??termination soit travaillAi??e par le nAi??gatif. Ai?? la primautAi?? du mA?me, la diffAi??rence n'est arrivAi??e que par ces mAi??diations. Quant au rAi??pAi??titif, il se produit justement lAi?? oA? la mAi??diation Ai?? peine esquissAi??e retombe sur elle-mA?me; lorsqu'au lieu de dire non elle prononce deux fois le mA?me oui, et qu'au lieu de rAi??partir les oppositions en un systA?me de

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finitions elle revient indAi??finiment sur la mA?me position. La rAi??pAi??tition trahit la faiblesse du mA?me au moment oA? il n'est plus capable de se nier dans l'autre et de s'y retrouver. Elle qui avait Ai??tAi?? pure extAi??rioritAi??, pure figure d'origine, voici qu'elle devient faiblesse interne, dAi??faut de la finitude, sorte de bAi??gaiement du nAi??gatif: la nAi??vrose de la dialectique. Car c'est bien Ai?? la dialectique que menait la philosophie de la reprAi??sentation.
Et, pourtant, comment ne pas reconnaAi??tre chez Hegel le philosophe des diffAi??rences les plus grandes, face Ai?? Leibniz, penseur des plus petites diffAi??rences? Ai?? vrai dire, la dialectique ne libA?re pas le diffAi??rent; elle garantit au contraire qu'il sera toujours rattrapAi??. La souverainetAi?? dialectique du mA?me consiste Ai?? le laisser A?tre, mais sous la loi du nAi??gatif, comme le moment du non-A?tre. On croit voir Ai??clater la subversion de l'Autre, mais en secret la contradiction travaille pour le salut de l'identique. Faut-il rappeler l'origine constamment institUtrice de la dialectique? Ce qui sans cesse la relance, faisant renaAi??tre indAi??finiment l'aporie de l'A?tre et du non-A?tre, c'est l'humble interrogation scolaire, le dialogue fictif de l'Ai??lA?ve: Ai??Ceci est rouge; cela n'est pas rouge. -En ce moment fait-il jour? Non, en ce moment, il fait nuit. Ai?? Dans le crAi??puscule de la nuit d'octobre, l'oiseau de Minerve ne vole pas bien haut: Ai??Ai??crivez, Ai??crivez, croasse-t-il, demain matin, il ne fera plus nuit. Ai??
Pour libAi??rer la diffAi??rence, il nous faut une pensAi??e sans contradiction, sans dialectique, sans nAi??gation: une pensAi??e qui dise oui Ai?? la divergence; une pensAi??e affirmative dont l'instrument est la disjonction; une pensAi??e du multiple -de la multiplicitAi?? dispersAi??e et nomade que ne limite et ne regroupe aucune des contraintes du mA?me; une pensAi??e qui n'obAi??it pas au modA?le scolaire (que truque la rAi??ponse toute faite), mais qui s'adresse Ai?? d'insolubles problA?mes; c'est-Ai??-dire Ai?? une multiplicitAi?? de points remarquables qui se dAi??place Ai?? mesure qu'on en distingue les conditions et qui insiste, subsiste dans un jeu de rAi??pAi??titions. Loin d'A?tre l'image encore incomplA?te et brouillAi??e d'une IdAi??e qui lAi??-haut, de tout temps, dAi??tiendrait la rAi??ponse, le problA?me, c'est l'idAi??e elle-mA?me, ou plutA?t l'IdAi??e n'a d'autre mode que problAi??matique: pluralitAi?? distincte dont l'obscuritAi?? toujours davantage insiste, et dans laquelle la question ne cesse de se mouvoir. Quelle est la rAi??ponse Ai?? la question? Le problA?me. Comment rAi??soudre le problA?me? En dAi??plaAi??ant la question. Le problA?me Ai??chappe Ai?? la logique du tiers exclu, puisqu'il est une multiplicitAi?? dispersAi??e: il ne se rAi??soudra pas par la clartAi?? de distinction de l'idAi??e cartAi??sienne, puisqu'il est une idAi??e distincte-obscure; il
dAi??sobAi??it au sAi??rieux du nAi??gatif hAi??gAi??lien, puisqu'il est une affirmation

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multiple; il n'est pas soumis Ai?? la contradiction A?tre-non-A?tre, il est A?tre. Il faut penser problAi??matiquement plutA?t que d'interroger et de rAi??pondre dialectiquement.
Les conditions pour penser diffAi??rence et rAi??pAi??tition prennent, on le voit, de plus en plus d'ampleur. Il avait fallu abandonner, avec Aristote, l'identitAi?? du concept; renoncer Ai?? la ressemblance dans la perception, en se libAi??rant, du coup, de toute philosophie de la reprAi??sentation; et voici que maintenant il faut se dAi??prendre de Hegel, de l'opposition des prAi??dicats, de la contradiction, de la nAi??gation, de toute la dialectique. Mais dAi??jAi?? la quatriA?me condition se dessine, plus redoutable encore. L'assujettissement le plus tenace de la diffAi??rence, c'est celui sans doute des catAi??gories: car elles permettent, en montrant de quelles maniA?res diffAi??rentes l'A?tre peut se dire, en spAi??cifiant Ai?? l'avance les formes d'attribution de l'A?tre, en imposant en quelque sorte son schAi??ma de distribution aux Ai??tants, de prAi??server, au sommet le plus haut, son repos sans diffAi??rence. Les catAi??gories rAi??gentent le jeu des affirmations et des nAi??gations, fondent en droit les ressemblances de la reprAi??sentation, garantissent l'objectivitAi?? du concept et de son travail; elles rAi??priment l'anarchique diffAi??rence, la rAi??partissent en rAi??gions, dAi??limitent ses droits et lui prescrivent la tA?che de spAi??cification qu'elles ont Ai?? accomplir parmi les A?tres. Les catAi??gories, on peut les lire d'un cA?tAi?? comme les formes a priori de la connaissance; mais de l'autre, elles apparaissent comme la morale archaA?que, comme le vieux dAi??calogue que l'identique imposa Ai?? la diffAi??rence, Pour affranchir celle-ci, il faut inventer une pensAi??e a-catAi??gorique. Inventer pourtant n'est pas le mot, puisqu'il y a eu dAi??jAi??, deux fois au moins dans l'histoire de la philosophie, formulation radicale de l'univocitAi?? de l'A?tre: Duns Scot et Spinoza. Mais Duns Scot pensait que l'A?tre Ai??tait neutre, et Spinoza, substance; pour l'un comme pour l'autre, l'Ai??viction des catAi??gories, l'affirmation que l'A?tre se dit de la mA?me faAi??on de toutes choses n'avait pas d'autre but sans doute que de maintenir, en chaque instance, l'unitAi?? de l'A?tre. Imaginons au contraire une ontologie oA? l'A?tre se dirait, de la mA?me faAi??on, de toutes les diffAi??rences, mais ne se dirait que des diffAi??rences; alors les choses ne seraient pas toutes recouvertes, comme chez Duns Scot, par la grande abstraction monocolore de l'A?tre, et les modes spinozistes ne tourneraient pas autour de l'unitAi?? substantielle; les diffAi??rences tourneraient d' elles-mA?mes, l'A?tre se disant, de la mA?me maniA?re, de toutes, l'A?tre n'Ai??tant point l'unitAi?? qui les guide et les distribue, mais leur rAi??pAi??tition comme diffAi??rences. Chez Deleuze, l'univocitAi?? non catAi??gorielle de l'A?tre ne rattache pas directement le multiple Ai?? l'unitAi?? elle-mA?me

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(neutralitAi?? universelle de l'A?tre ou force expressive de la substance); elle fait jouer l'A?tre comme ce qui se dit rAi??pAi??titivement de la diffAi??rence; l'A?tre, c'est le revenir de la diffAi??rence, sans qu'il y ait de diffAi??rence dans la maniA?re de dire l'A?tre. Celui-ci ne se distribue point en rAi??gions: le rAi??el ne se subordonne pas au possible; le contingent ne s'oppose pas au nAi??cessaire. De toute faAi??on, que la bataille d'Actium et la mort d'Antoine aient Ai??tAi?? nAi??cessaires ou non, de ces purs Ai??vAi??nements -se battre, mourir -l'A?tre se dit de la mA?me faAi??on; tout comme il se dit de cette castration fantasmatique qui a eu lieu et n'a pas eu lieu. La suppression des catAi??gories, l'affirmation de l'univocitAi?? de l'A?tre, la rAi??volution rAi??pAi??titive de l'A?tre autour de la diffAi??rence, voilAi?? qu'elle Ai??tait finalement la condition pour penser le fantasme et l'Ai??vAi??nement.
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Finalement? Pas tout Ai?? fait. Il va falloir revenir Ai?? ce Ai??revenirAi??. Mais, d'abord, un instant de repos,
De Bouvard et PAi??cuchet peut-on dire qu'ils se trompent? qu'ils commettent des erreurs dA?s que la moindre occasion leur en est fournie? S'ils se trompaient, c'est qu'il y aurait une loi de leur Ai??chec et que, sous certaines conditions dAi??finissables, ils auraient pu rAi??ussir. Or l'Ai??chec leur vient de toute faAi??on, quoi qu'ils fassent, qu'ils aient su ou pas, qu'ils aient ou non appliquAi?? les rA?gles, que le livre consultAi?? ait Ai??tAi?? bon ou mauvais. Ai?? leur entreprise, n'importe quoi arrive, l'erreur bien sAi??r, mais l'incendie, le gel, la sottise et la mAi??chancetAi?? des hommes, la colA?re d'un chien. Ce n'Ai??tait pas faux, c'Ai??tait ratAi??. AStre dans le faux, c'est prendre une cause pour une autre; c'est ne pas prAi??voir les accidents; c'est mal connaAi??tre les substances, c'est confondre l'Ai??ventuel avec le nAi??cessaire; on se trompe quand, distrait dans l'usage des catAi??gories, on les applique Ai?? contretemps. Rater, tout rater, c'est bien autre chose; c'est laisser Ai??chapper toute l'armature des catAi??gories (et non pas seulement leur point d'application). Si Bouvard et PAi??cuchet prennent pour certain ce qui est peu probable, ce n'est pas qu'ils se trompent dans l'usage distinctif du possible, c'est qu'ils confondent tout le rAi??el avec tout le possible (c'est pourquoi le plus improbable arrive aussi bien Ai?? la plus naturelle de leurs attentes); ils mA?lent, ou plutA?t se mA?lent Ai?? travers eux le nAi??cessaire de leur savoir et la contingence des saisons, l'existence des choses et toutes ces ombres qui peuplent les livres: l'accident chez eux a l'obstination d'une substance, et les substances leur sautent tout droit Ai?? la gorge dans des accidents d'alambic. Telle est leur grande bA?tise pathAi??tique, incomparable avec la maigre sottise

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de ceux qui les entourent, qui se trompent et qu'ils ont bien raison de mAi??priser. Dans les catAi??gories, on erre; hors d'elles, au-dessus d'elles, en deAi??Ai?? d'elles, on est bA?te. Bouvard et PAi??cuchet sont des A?tres a-catAi??goriques.
Cela permet de repAi??rer un usage peu apparent des catAi??gories; en faisant naAi??tre un espace du vrai et du faux, en donnant place au libre supplAi??ment de l'erreur, elles rejettent silencieusement la bA?tise. Ai?? haute voix, les catAi??gories nous disent comment connaAi??tre, et elles alertent solennellement sur les possibilitAi??s de se tromper; mais, Ai?? voix basse, elles vous garantissent que vous A?tes intelligent; elles forment l'a priori de la bA?tise exclue. Il est donc pAi??rilleux de vouloir s'affranchir des catAi??gories; Ai?? peine leur Ai??chappe-t-on qu'on affronte le magma de la bA?tise et qu'on risque une fois abolis ces principes de distribution de voir monter tout autour de soi, non pas la multiplicitAi?? merveilleuse des diffAi??rences, mais l'Ai??quivalent, le confus, le Ai??tout revient au mA?me Ai??, le nivellement uniforme et le thermodynamisme de tous les efforts ratAi??s. Penser dans la forme des catAi??gories, c'est connaAi??tre le vrai pour le distinguer d'avec le faux; penser d'une pensAi??e Ai??a-catAi??gorique Ai??, c'est faire face Ai?? la noire bA?tise, et, le temps d'un Ai??clair, s'en distinguer. La bA?tise se contemple: on y plonge le regard, on se laisse fasciner, elle vous porte avec douceur, on la mime en s'y abandonnant; sur sa fluiditAi?? sans forme, on prend appui; on guette le premier soubresaut de l'imperceptible diffAi??rence, et le regard vide, on Ai??pie, sans fiA?vre, le retour de la lueur. Ai?? l'erreur, on dit non, et on rature; on dit oui Ai?? la bA?tise, on la voit, on la rAi??pA?te et, doucement, on appelle la totale immersion.
Grandeur de Warhol avec ses boAi??tes de conserve, ses accidents stupides et ses sAi??ries de sourires publicitaires: Ai??quivalence orale et nutritive de ces lA?vres entrouvertes, de ces dents, de ces sauces tomates, de cette hygiA?ne de dAi??tergent; Ai??quivalence d'une mort au creux d'une voiture Ai??ventrAi??e, au bout d'un fil tAi??lAi??phonique en haut d'un poteau, entre les bras Ai??tincelants et bleutAi??s de la chaise Ai??lectrique. Ai??Ai??a se vaut Ai??, dit la bA?tise, sombrant en elle-mA?me, et prolongeant Ai?? l'infini ce qu'elle est par ce qu'elle dit de soi: Ai??Ici ou ailleurs, toujours la mA?me chose; qu'importent quelques couleurs variAi??es, et des clartAi??s plus ou moins grandes; comme est bA?te la vie, la femme, la mort! Comme est bA?te la bA?tise! Ai?? Mais, Ai?? contempler bien en face cette monotonie sans limites, ce qui soudain s'illumine, c'est la multiplicitAi?? elle-mA?me -sans rien au centre, ni au sommet, ni au-delAi?? -, crAi??pitement de lumiA?re qui court encore plus vite que le regard et tour Ai?? tour illumine ces Ai??tiquettes mobiles, ces instantanAi??s captifs qui, dAi??sormais, pour toujours, sans rien formuler, se font

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signe: tout Ai?? coup, sur fond de la vieille inertie Ai??quivalente, la zAi??brure de l'Ai??vAi??nement dAi??chire l'obscuritAi??, et le fantasme Ai??ternel se dit de cette boAi??te, de ce visage singulier, sans Ai??paisseur.
L'intelligence ne rAi??pond pas Ai?? la bA?tise: elle est la bA?tise dAi??jAi?? vaincue, l'art catAi??goriel d'Ai??viter l'erreur. Le savant est intelligent. Mais c'est la pensAi??e qui fait face Ai?? la bA?tise, et c'est le philosophe qui la regarde. Longtemps, ils sont en tA?te Ai?? tA?te, son regard plongAi?? dans ce crA?ne sans chandelle. C'est sa tA?te de mort Ai?? lui, sa tentation, son dAi??sir peut-A?tre, son thAi??A?tre catatonique. Ai?? la limite, penser serait contempler bien fort, de bien prA?s, et presque jusqu'Ai?? s'y perdre, la bA?tise; et la lassitude, l'immobilitAi??, une grande fatigue, un certain mutisme butAi??, l'inertie forment l'autre face de la pensAi??e -ou plutA?t son accompagnement, l'exercice quotidien et ingrat qui la prAi??pare et que soudain elle dissipe. Le philosophe doit avoir assez de mauvaise volontAi?? pour ne pas jouer correctement le jeu de la vAi??ritAi?? et de l'erreur: ce mauvais vouloir, qui s'effectue dans le paradoxe, lui permet d'Ai??chapper aux catAi??gories. Mais il doit A?tre en outre d'assez Ai??mauvaise humeurAi?? pour demeurer en face de la bA?tise, pour la contempler sans geste, jusqu'Ai?? la stupAi??faction, pour bien s'en approcher et la mimer, pour la laisser lentement monter en soi (c'est peut-A?tre cela qui se traduit poliment: A?tre absorbAi?? dans ses pensAi??es), et attendre, au terme jamais fixAi?? de cette prAi??paration soigneuse, le choc de la diffAi??rence: la catatonie joue le thAi??A?tre de la pensAi??e, une fois que le paradoxe a bouleversAi?? le tableau de la reprAi??sentation.
On voit aisAi??ment comment le L.S.D. inverse les rapports de la mauvaise humeur, de la bA?tise et de la pensAi??e: il n'a pas plutA?t mis hors circuit la suzerainetAi?? des catAi??gories qu'il arrache le fond Ai?? son indiffAi??rence et rAi??duit Ai?? rien la morne mimique de la bA?tise; et toute cette masse univoque et a-catAi??gorique, il la donne non seulement Ai?? voir comme bariolAi??e, mobile, asymAi??trique, dAi??centrAi??e, spiraloA?de, rAi??sonnante, mais il la fait fourmiller Ai?? chaque instant d'Ai??vAi??nements-fantasmes; glissant sur cette surface Ai?? la fois ponctuelle et immensAi??ment vibratoire, la pensAi??e, libre de sa chrysalide catatonique, contemple depuis toujours l'indAi??finie Ai??quivalence devenue Ai??vAi??nement aigu et rAi??pAi??tition somptueusement parAi??e. L'opium induit d'autres effets: grA?ce Ai?? lui, la pensAi??e ramasse en sa pointe l'unique diffAi??rence, rejetant le fond au plus loin, et A?tant Ai?? l'immobilitAi?? la tA?che de contempler, et d'appeler Ai?? soi, en la mimant, la bA?tise; l'opium assure une immobilitAi?? sans poids, une stupeur de papillon hors de la rigiditAi?? catatonique; et, trA?s loin au-dessous d'elle, il dAi??ploie le fond, un fond qui n'absorbe plus bA?tement toutes les diffAi??rences,

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mais les laisse surgir et scintiller comme autant d' Ai??vAi??nements infimes, distancAi??s, souriants et Ai??ternels. La drogue -si du moins on peut employer raisonnablement ce mot au singulier -ne concerne en aucune maniA?re le vrai et le faux; elle n'ouvre qu'aux cartomanciennes un monde Ai??plus vrai que le rAi??el Ai??. En fait, elle dAi??place, l'une par rapport Ai?? l'autre, la bA?tise et la pensAi??e, levant la vieille nAi??cessitAi?? du thAi??A?tre de l'immobile. Mais, peut-A?tre, si la pensAi??e a Ai?? regarder la bA?tise en face, la drogue qui mobilise celle-ci la colore, l'agite, la sillonne, la dissipe, la peuple de diffAi??rences et substitue au rare Ai??clair la phosphorescence continue, peut-A?tre la drogue ne donne-t-elle lieu qu'Ai?? une quasi-pensAi??e. Peut-A?tre 1. Du moins en Ai??tat de sevrage la pensAi??e a-t-elle deux cornes: l'une qui s'appelle mauvaise volontAi?? (pour dAi??jouer les catAi??gories), l'autre, mauvaise humeur (pour pointer vers la bA?tise et s'y ficher). Nous sommes loin du vieux sage qui met tant de bonne volontAi?? Ai?? atteindre le vrai qu'il accueille d'une humeur Ai??gale la diversitAi?? indiffAi??rente des fortunes et des choses; loin du mauvais caractA?re de Schopenhauer qui s'irrite des choses qui ne rentrent point d'elles-mA?mes en leur indiffAi??rence; mais loin aussi de la Ai??mAi??lancolieAi?? qui se rend indiffAi??rente au monde, et dont l'immobilitAi?? signale, Ai?? cA?tAi?? des livres et de la sphA?re, la profondeur des pensAi??es et la diversitAi?? du savoir. Jouant de sa mauvaise volontAi??, et jouant la mauvaise humeur, de cet exercice pervers et de ce thAi??A?tre, la pensAi??e attend l'issue: la brusque diffAi??rence du kalAi??idoscope, les signes qui un instant s'illuminent, la face des dAi??s jetAi??s, le sort d'un autre jeu. Penser ne console ni ne rend heureux. Penser se traAi??ne languissamment comme une perversion; penser se rAi??pA?te avec application sur un thAi??A?tre; penser se jette d'un coup hors du cornet Ai?? dAi??s. Et, lorsque le hasard, le thAi??A?tre et la perversion entrent en rAi??sonance, lorsque le hasard veut qu'il y ait entre eux trois une telle rAi??sonance, alors la pensAi??e est une transe; et il vaut la peine de penser.
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Que l'A?tre soit univoque, qu'il ne puisse se dire que d'une seule et mA?me maniA?re, c'est paradoxalement la condition majeure pour que l'identitAi?? ne domine pas la diffAi??rence, et que la loi du MA?me ne la fixe pas comme simple opposition dans l'Ai??lAi??ment du concept; l'A?tre peut se dire de la mA?me maniA?re puisque les diffAi??rences ne sont pas rAi??duites Ai?? l'avance par les catAi??gories, puisqu'elles ne se rAi??partissent pas dans un divers toujours reconnaissable par la perception, puisqu'elles ne s'organisent pas selon la hiAi??rarchie conceptuelle des

1. Ai??Qu'est-ce qu'on va penser de nous?Ai?? (note Cheap de Gilles Deleuze).

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espA?ces et des genres. L'A?tre, c'est ce qui se dit toujours de la diffAi??rence, c'est le Revenir de la diffAi??rence 1.
Ce mot Ai??vite aussi bien Devenir que Retour. Car les diffAi??rences ne sont pas les Ai??lAi??ments, mA?me fragmentaires, mA?me mAi??langAi??s, mA?me monstrueusement confondus, d'un grand Devenir qui les emporterait dans sa course, les faisant parfois rAi??apparaAi??tre, masquAi??s ou nus. La synthA?se du Devenir a beau A?tre lA?che, elle maintient cependant l'unitAi??; non pas seulement, non pas tellement celle d'un contenant infini que celle du fragment, de l'instant qui passe et repasse, et celle de la conscience flottante qui le reconnaAi??t. MAi??fiance donc Ai?? l'Ai??gard de Dionysos et de ses Bacchantes, quand bien mA?me ils sont ivres. Quant au Retour, doit-il A?tre le cercle parfait, la meule bien huilAi??e qui tourne sur son axe et ramA?ne Ai?? heure fixe les choses, les figures et les hommes? Faut-il qu'il Y ait un centre et que sur la pAi??riphAi??rie les Ai??vAi??nements se reproduisent? Zarathoustra lui-mA?me ne pouvait en supporter l'idAi??e: Ai??Toute vAi??ritAi?? est courbe, le temps lui-mA?me est un cercle, murmura le nain d'un ton mAi??prisant. Esprit de pesanteur, dis-je avec colA?re, ne prends pas tout ainsi Ai?? la lAi??gA?reAi??; et convalescent, il gAi??mira: Ai??HAi??las' l'homme reviendra Ai??ternellement, l'homme mesquin reviendra Ai??ternellement. Ai?? Peut A?tre ce qu'annonce Zarathoustra n'est-il pas le cercle; ou peut-A?tre l'image insupportable du cercle est-elle le dernier signe d'une pensAi??e plus haute; peut-A?tre faut-il rompre cette ruse circulaire comme le jeune pA?tre, comme Zarathoustra lui-mA?me coupant pour la recracher aussitA?t la tA?te du serpent.
Chronos est le temps du devenir et du recommencement. Chronos avale morceau par morceau ce qu'il a fait naAi??tre et le fait renaAi??tre en son temps. Le devenir monstrueux et sans loi, la grande dAi??voration de chaque instant, l'engloutissement de toute vie, la dispersion de ses membres sont liAi??s Ai?? l'exactitude du recommencement: le Devenir fait entrer dans ce grand labyrinthe intAi??rieur qui n'est point diffAi??rent en sa nature du monstre qui l'habite; mais, du fond mA?me de cette architecture toute contournAi??e et retournAi??e sur elle-mA?me, un fil solide permet de retrouver la trace de ses pas antAi??rieurs et de revoir le mA?me jour. Dionysos avec Ariane: tu es mon labyrinthe. Mais AA?on est le revenir lui-mA?me, la ligne droite du temps, cette fA?lure plus rapide que la pensAi??e, plus mince que tout instant, qui, de part et d'autre de sa flA?che indAi??fininiment tranchante, fait surgir ce mA?me prAi??sent comme ayant Ai??tAi?? dAi??jAi?? indAi??finiment prAi??sent et comme indAi??finiment Ai?? venir. Il est important de
1. Sur ces thA?mes, cf. DiffAi??rence et RAi??pAi??tition, pp. 52-61, pp 376-384; Logique du sens, pp. 190-197, pp. 208-211.

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bien saisir qu'il ne s'agit pas lAi?? d'une succession de prAi??sents, offerts par un flux continu et qui dans leur plAi??nitude laisseraient transparaAi??tre l'Ai??paisseur d'un passAi?? et se dessiner l'horizon d'avenir dont ils seront Ai?? leur tour le passAi??. Il s'agit de la droite ligne de l'avenir qui coupe encore et encore la moindre Ai??paisseur de prAi??sent, la recoupe indAi??finiment Ai?? partir d'elle-mA?me: aussi loin qu'on aille pour suivre cette cAi??sure, on ne rencontre jamais l'atome insAi??cable qu'on pourrait enfin penser comme l'unitAi?? minusculement prAi??sente du temps (le temps est toujours plus dAi??liAi?? que la pensAi??e); on trouve toujours sur les deux bords de la blessure que c'est dAi??jAi?? arrivAi?? (et que c'Ai??tait dAi??jAi?? arrivAi??, et qu'il est dAi??jAi?? arrivAi?? que c'Ai??tait dAi??jAi?? arrivAi??), et que Ai??a arrivera encore (et qu'il arrivera encore que Ai??a arrive encore) : moins coupure qu'indAi??finie fibrillation; le temps, c'est ce qui se rAi??pA?te; et le prAi??sent -fissurAi?? par cette flA?che de l'avenir qui le porte en le dAi??portant toujours de part et d'autre -, le prAi??sent ne cesse de revenir. Mais de revenir comme singuliA?re diffAi??rence; ce qui ne revient pas, c'est l'analogue, c'est le semblable, c'est l'identique. La diffAi??rence revient; et l'A?tre, qui se dit de la mA?me faAi??on de la diffAi??rence, n'est pas le flux universel du Devenir, ce n'est pas non plus le cycle bien centrAi?? de l'Identique; l'A?tre, c'est le Retour affranchi de la courbure du cercle, c'est le Revenir. Trois morts: celle du Devenir, PA?re dAi??vorateur -mA?re en gAi??sine; celle du cercle, par qui le don de vivre, Ai?? chaque printemps, a passAi?? dans les fleurs; celle du revenir: fibrillation rAi??pAi??titive du prAi??sent, Ai??ternelle et hasardeuse fA?lure toute donnAi??e en une fois, et d'un seul coup affirmAi??e une fois pour toutes.
En sa fracture, en sa rAi??pAi??tition, le prAi??sent est un coup de dAi??s. Non qu'il forme la partie d'un jeu Ai?? l'intAi??rieur duquel il glisserait un peu de contingence, un grain d'incertitude. Il est Ai?? la fois le hasard dans le jeu, et le jeu lui-mA?me comme hasard; d'un coup sont jetAi??s et les dAi??s et les rA?gles. Si bien que le hasard n'est point morcelAi?? et rAi??parti ici ou lAi??; mais tout entier affirmAi?? d'un seul coup. Le prAi??sent comme revenir de la diffAi??rence, comme rAi??pAi??tition se disant de la diffAi??rence affirme en une fois le tout du hasard. L'univocitAi?? de l'A?tre chez Duns Scot renvoyait Ai?? l'immobilitAi?? d'une abstraction; chez Spinoza, Ai?? la nAi??cessitAi?? de la substance et Ai?? son Ai??ternitAi??; ici, au seul coup du hasard dans la fA?lure du prAi??sent. Si l'A?tre se dit toujours de la mA?me faAi??on, ce n'est pas parce que l'A?tre est un, c'est parce que dans le seul coup de dAi??s du prAi??sent le tout du hasard est affirmAi??,
Peut-on dire alors que, dans l'histoire, l'univocitAi?? de l'A?tre a Ai??tAi?? pensAi??e tour Ai?? tour trois fois: par Duns Scot, par Spinoza, puis enfin

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par Nietzsche qui le premier l'aurait posAi??e non comme abstraction, non comme substance mais comme retour? Disons plutA?t que Nietzsche a Ai??tAi?? jusqu'Ai?? penser l'Ai??ternel Retour; plus prAi??cisAi??ment, il l'a indiquAi?? comme Ai??tant l'insupportable Ai?? penser. Insupportable puisque, Ai?? peine entrevu Ai?? travers ses premiers signes, il se fixe dans cette image du cercle qui emporte avec elle la menace fatale du retour de chaque chose -rAi??itAi??ration de l'araignAi??e; mais cet insupportable, il s'agit de le penser, car il n'est encore qu'un signe vide, une poterne Ai?? franchir, cette voix sans forme de l'abAi??me, dont l'approche, indissociablement, est bonheur et dAi??goAi??t. Zarathoustra, par rapport au Retour, est le FA?rsprecher, celui qui parle pour…, Ai?? la place de…, marquant le lieu oA? il fait dAi??faut. Zarathoustra n'est pas l'image, mais le signe de Nietzsche. Le signe (Ai?? bien distinguer du symptA?me) de la rupture: le signe le plus proche de l'insupportabilitAi?? de la pensAi??e du retour; Nietzsche a laissAi?? Ai?? penser le retour Ai??ternel. Depuis un siA?cle bientA?t, la plus haute entreprise de la philosophie a bien Ai??tAi?? de penser ce retour. Mais qui eAi??t Ai??tAi?? assez effrontAi?? pour dire qu'il l'avait pensAi??? Le Retour devait-il A?tre, comme la fin de l'Histoire au XIXe siA?cle, ce qui ne pourrait rA?der autour de nous que comme une fantasmagorie du dernier jour? Fallait-il Ai?? ce signe vide et imposAi?? par Nietzsche comme en excA?s prA?ter tour Ai?? tour des contenus mythiques qui le dAi??sarment et le rAi??duisent? Fallait-il au contraire essayer de le raboter pour qu'il puisse prendre place et figurer sans honte dans le fil d'un discours? Ou bien fallait-il relever ce signe excAi??dentaire, toujours dAi??placAi??, manquant indAi??finiment Ai?? sa place, et, plutA?t que de lui trouver le signifiAi?? arbitraire qui lui correspond, plutA?t que d'en bA?tir un mot, le faire entrer en rAi??sonance avec le grand signifiAi?? que la pensAi??e d'aujourd'hui emporte comme une flottaison incertaine et soumise; faire rAi??sonner le revenir avec la diffAi??rence? Il ne faut pas comprendre que le retour est la forme d'un contenu qui serait la diffAi??rence; mais que, d'une diffAi??rence toujours nomade, toujours anarchique, au signe toujours en excA?s, toujours dAi??placAi?? du revenir, une fulguration s'est produite qui portera le nom de Deleuze: une nouvelle pensAi??e est possible; la pensAi??e, de nouveau, est possible.
Elle n'est pas Ai?? venir, promise par le plus lointain des recommencements. Elle est lAi??, dans les textes de Deleuze, bondissante, dansante devant nous, parmi nous; pensAi??e gAi??nitale, pensAi??e intensive, pensAi??e affirmative, pensAi??e a-catAi??gorique -tous des visages que nous ne connaissons pas, des masques que nous n'avions jamais vus; diffAi??rence que rien ne laissait prAi??voir et qui pourtant fait revenir comme masques de ses masques Platon, Duns Scot, Spinoza,

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Leibniz, Kant, tous les philosophes. La philosophie non comme pensAi??e, mais comme thAi??A?tre' thAi??A?tre de mimes aux scA?nes multiples, fugitives et instantanAi??es, oA? les gestes, sans se voir, se font signe; thAi??A?tre oA?, sous le masque de Socrate, Ai??clate soudain le rire du sophiste; oA? les modes de Spinoza mA?nent une ronde dAi??centrAi??e, tandis que la substance tourne autour d'eux comme une planA?te folle; oA? Fichte boiteux annonce: Ai??Je fA?lAi?? ai??i?? moi dissousAi??; oA? Leibniz, parvenu au sommet de la pyramide, distingue dans Purchase l'obscuritAi?? que la musique cAi??leste, c'est le Pierrot lunaire. Dans la guAi??rite du Luxembourg, Duns Scot passe la tA?te par la lunette circulaire; il porte des moustaches considAi??rables; ce sont celles de Nietzsche, dAi??guisAi?? en Klossowski.

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